Festival Flamenco 2012

Nîmes, du 9 au 21 janvier 2012

Le cru 2012 du Festival Flamenco de Nîmes semble très intéressant entre découverte et valeurs sûres. Voici un aperçu non exhaustif du programme.

Ce festival de Nîmes 2012 sera placé sous le génie tutélaire du grand disparu de l'année 2011, Moraíto. Tous les ans, ce guitariste était là avec tel ou tel artiste. Comment oublier ce « Sin Frontera » de Miguel Poveda, où Moraíto tenait la guitare aux côtés de Chicuelo. Il était revenu, l'année dernière, pour un spectacle bien à lui. Chacun avait pu apprécier son talent, son humanité et sa gentillesse. Sans le connaître vraiment, sa mort a été aussi douloureuse que celle d'un ami. Il avait su lier une relation avec chacun de ses auditeurs-spectateurs. Ce dernier concert était plein d'une grâce étrange, raisonnant comme un adieu.



Le même festival avait proposé « Vamos al Tiroteo » de Rafaela Carrasco, hommage à la grande danseuse des années 30, La Argentina. Comme un clin d'œ,il, l'affiche de cette année est l'œ,uvre de Vicente Escudero, pareja occasionnelle de cette bailaora mythique, soliste mondialement connu, premier bailaor à danser la siguiriya, chorégraphe, écrivain, peintre et dessinateur. A l'image de ce touche-à-tout de génie, ce festival sera complet, divers et varié. Les tenants du classicisme, les amoureux de la modernité, les thuriféraires du chant gitan et les inconditionnels du cante payo y trouveront leur compte. Quant à ceux qui ont l'esprit large, ils seront heureux et rassasiés tous les soirs.

Pour les admirateurs du chant gitan, il y a non seulement l'embarras du choix, mais encore le frisson de la découverte. La découverte viendra avec « De tangos et jaleos », spectacle des gitans d'Extremadura, région peu connue pour son flamenco car coincée entre l'Andalousie et le Portugal. La plus connue du groupe est La Kaita qu'on a pu voir dans « Vengo » de Tony Gatlif. Elle y chante dans une taverne, à une table avec des copains. Son chant impose peu à peu le silence et les gardes civils, qui buvaient derrière dans un brouhaha monstre, se lèvent et se rassemblent autour d'elle pour l'écouter.
Jose de la Tomasa ou Ines Bacan, beaucoup plus connus, ont gagné leurs lettres de noblesse depuis longtemps sur la scène internationale.



Le Sévillan Jose de la Tomasa, âgé de 60 ans, est un des dépositaires du grand chant, qui peut se résumer en quatre mots, solea, siguiriya, tientos et bulerias. Puissance, rigueur et finesse le caractérisent. Ines Bacán est le flamenco même, elle chante la douleur et la difficulté de vivre. On pourra l'écouter et dans le dernier spectacle d'Israël Galván « La Curva » et en concert acoustique. Jose de La Tomasa et Ines Bacán seront accompagnés par le plus gitan des payos Antonio Moya.

Fuensanta La Moneta

La danse gitane n'est pas oubliée puisque la granaina Fuenseta La Moneta revient pour un spectacle « Extremo Jondo ». Espérons que l'esprit de Grenade soufflera sur Nîmes et que La Moneta saura transformer le grand théâtre en une cueva du Sacromonte.

Versant payo, une invitation à la découverte de trois jeunes talents, Laura Vital, Niño de Elche et Rocio Marquez, mis en valeur par le guitariste Manolo Franco. La danse se taille la part du lion avec les nouveaux spectacles des deux monstres actuels du flamenco. Israël Galván présentera « La Curva » et Rocío Molina « Vinática ».
Une soirée sera consacrée à la guitare, comme chaque année. Le guitariste Juan Ramón Caro présentera son disque « Rosa de los vientos ». On avait pu le voir et l'entendre accompagner Maité Martín, il y a deux ans, avec subtilité et finesse.
N'oublions pas, dans la présentation de cette dernière édition, la Nîmoise Eva Luisa, la danseuse qui monte, qui monte. Chaque année, elle progresse. Travailleuse acharnée, elle ne laisse rien au hasard. Belle et pleine de grâce, elle fera chavirer sans difficulté la salle de l'Odéon, avec son « Acuerdate ». Pour l'accompagner, des musiciens de choix : au chant, Alicia Acuña et Niño de Elche, à la guitare, Antonio Moya et Cristobal Corbel. Et n'oublions pas Juan-Manuel Cortes, percussionniste et compagnon de tous les instants.

Eva Luisa


Ma seule réserve concerne le spectacle de Tomatito. Il fut l'accompagnateur talentueux de Camaron, mort en 1992. Ce dernier a révolutionné le chant flamenco et a su le sortir de l'ombre des tablaos où il était confiné pour le mettre sous la lumière des projecteurs. Le maître-mot qui caractérisait le duo Camaron / Tomatito était la complicité, complicité artistique et humaine. Aujourd'hui, Tomatito se réfugie dans une formation plus nombreuse, qui ne risque pas de lui faire de l'ombre, vivant sur ses acquis musicaux. Jose Maya, bon danseur dans la veine Farruquito, est le moment agréable de son spectacle.
Pour qu'un festival soit complet, il faut y ajouter quelques conférences. Cette année, elles sont toutes plus passionnantes les unes que les autres. Deux émergent malgré tout, l'hommage de Claude Worms à Moraíto, et celle de Corinne Savy, « La performance flamenca selon Pedro Bacán », illustrée par Antonio Moya et la chanteuse Marí Peña , quelques films au Sémaphore, des photos projetées sur la Maison Carrée , et des after ou plus exactement des fin de fiesta jusqu'au bout de la nuit.
Cette édition 2012 est riche de promesses et d'inventivité. Au fil de la semaine, nous pourrons confronter le rêve à la réalité. ¡ Ojala !

Le programme complet sur le site du théâtre : www.theatredenimes.com

- Pareja : la paire, le couple, par extension celui ou celle qui complète un duo
- Bailaor, bailaora : danseur, danseuse de flamenco
- Cante : chant
- Payo : non gitan
- Granaina : originaire de Grenade
- Cueva : grotte. Celles du Sacromonte à Grenade sont particulièrement connues
- Fin de fiesta : fête spontanée où se mélangent professionnels et amateurs
- solea, siguiriya, tientos et bulerias : types de chant
- Ojala : incantation difficilement traduisible, «Si dieu le veut», «Acceptons en l'augure», etc.

Lire aussi Laura Vital, fil rouge de la première mi-temps du festival



- Théâtre de Nîmes
- 1 place de la Calade

- L'Odéon
- 7, rue Pierre Semard

- Prix des places : de 32 € à 16 €, en fonction des spectacles.

- Réservations :
- Tél. 04 66 36 65 10
- billetterie@theatredenimes.com
- Billetterie en ligne sur www.theatredenimes.com
- Dans tous les magasins Fnac, Carrefour, Géant, au 0892 68 36 22 (0,34 euros / mn) ou www.fnac.com



Par Marie Ningres

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