Main basse sur les plantes médicinales

31 mars 2011

Une pétition circule depuis quelques mois sur le net à propos de la possible interdiction des plantes médicinales traditionnelles dans l'Union européenne après le 30 avril 2011, au bénéfice certain des médicaments de la filière pharmaceutique chimique. S'indigner suivant Mr Hessel ne suffit pas, il faut décrypter et agir !

Sera-t-il illégal en mai prochain d'offrir une infusion de menthe ou des graines de fenouil pour aider la digestion, ou de tilleul pour dormir ?

Les pétitions qui circulent ne sont pas le fruit de peurs mythomanes mais se focalisent sur la directive européenne de 2004 sur les plantes médicinales. La désormais fameuse THMPD, Traditional Herbal Medicines Directive, sous le louable prétexte de protéger le public, complique les procédures réglementaires dans le processus de validation des substances à base de plantes.



Il faudrait aussi parler d'un règlement de 2006 sur les compléments alimentaires, le NHCR, pour Nutritional Health Claims Regulation, voté en décembre 2006 et appliqué depuis le 1er juillet 2007.

Au moment même où tant de scandales voient le jour au sujet de médicaments néfastes autorisés de façon douteuse par les autorités, l'agrobusiness pharmaceutique réussit à porter un coup aux médecines traditionnelles et naturelles !


Ce qui est en jeu

La directive THMPD semblait au départ une bonne chose puisqu'elle prétendait simplifier l'enregistrement d'une substance à effet thérapeutique sur la base de son usage traditionnel.

Mais les démarches désormais obligatoires pour obtenir l'homologation sont très onéreuses à réaliser (en fait plus de 50 000 Euros par plante, à multiplier par le nombre de plantes qui composent le produit), et dépassent le budget des petites structures. Ceci aura pour résultat la disparition de nombreux produits éprouvés, ainsi que celle des petits labos qui les produisaient et en chaîne, celle des agriculteurs bio qui leur fournissaient les plantes.

C'est bien une victoire pour les lobbies des grandes industries agro alimentaires et pharmaceutiques suffisamment organisées et puissants pour avoir les moyens d'orienter les mesures prises par la Communauté européenne, et qui sont aussi les seuls à pouvoir se permettre de réaliser ces longues et coûteuses études nécessaires à l'autorisation de mise sur le marché.

Ce qui est en jeu c'est d'une part la survie des petites structures artisanales, souvent bio, qui fabriquent des préparations à base de plantes, teintures, extraits, huiles essentielles ou jus obtenus par pression... que beaucoup d'entre nous achètent depuis longtemps, et aussi l'abandon du contrôle de notre santé aux seules multinationales de l'industrie agro alimentaire et pharmaceutique.

C'est aussi le fait que les lois du commerce se soient imposées pour réglementer tous les aspects de l'alimentation et de la médecine, les faisant ainsi passer sous le contrôle des industries pharmaceutique et alimentaires au détriment de toutes autres considérations.


Parcours du combattant

En fait c'est bien l'usage et la diffusion des savoirs relatifs aux plantes médicinales qui sont visés.

Les plantes médicinales sont utilisées depuis des siècles et des siècles. La suppression de la profession d'herboriste décrétée en 1941 par le gouvernement du maréchal Pétain, avait porté un premier coup à l'autonomie des Français en matière de santé en les privant de véritables interlocuteurs formés, fiables et légaux.

Les multiples informations contradictoires dont on nous assomme aujourd'hui sur le sujet finissent par nous rendre de plus en plus désorientés, et ce n'est pas l'augmentation de réglementations compliquées qui aura pour résultat de mieux nous protéger.

La vente des plantes médicinales en Europe est aujourd'hui soumise à deux systèmes d'enregistrement distincts :

-ou bien elles entrent dans le régime des médicaments, et leur sort dépend de cette directive qui concerne les médicaments traditionnels à base de plantes et qui entre en vigueur le 30 avril 2011.

- ou bien elles se classent dans les compléments alimentaires régis par un règlement de 2006, dont les allégations de santé sont en cours d'évaluation par l'Agence européenne des aliments (EFSA) qui donne les agréments.

Comme l'enregistrement pharmaceutique est devenu trop cher et trop compliqué, les petites structures artisanales choisissent souvent la classification de « complément alimentaire » pour diffuser leurs produits.

Un long processus ! Sachant qu'il existe environ 1 500 plantes médicinales reconnues en France et 20 000 dans le monde, le nombre de 600 envisagés initialement par la Commission semble insuffisant et encore plus le fait que seules 149 ont reçu l'agrément jusqu'à présent.

Les dizaines d'experts représentants des 27 pays de la Commission qui réfléchissent depuis plus de dix ans sur le classement des plantes ont, par exemple, planché deux ans pour que la Commission sur les produits à base de plantes médicinales HMPC1 accorde aux graines de fenouil (Foeniculum vulgare L. ssp. ) son indication de drogue antispasmodique expectorante ou digestive, reconnue depuis des siècles dans les traditions populaires de l'Europe à la Chine !

On constate aussi que l'EFSA a refusé 95% des demandes d'agrément pour des produits à base de plantes !

Devant les protestations la Commission européenne a décidé, en septembre dernier, d'ajourner son avis sur les allégations de santé évaluées par l'EFSA, dans l'espoir de régler les problèmes spécifiques aux plantes.


Comment nous défendre ?

La pleine entrée en vigueur de cette directive fin avril va décimer le secteur des médecines naturelles à base de plantes et une bonne partie de la filière bio.

Le secteur homéopathique n'est pas concerné par cette directive, les teintures mères ne sont donc pas en danger, pour l'instant.

L'autre vrai scandale est que les aliments et les médecines traditionnelles soient considérés comme des questions commerciales plutôt que comme une question de droits de l'homme !

Après le 30 avril 2011, la vente de plantes non autorisées restera possible, mais sans indication thérapeutique, avec des étiquettes blanches... C'est donc bien le moment de chercher à comprendre et de se mobiliser.

Pour cela, aller sur le site de l'Alliance for natural health->[www.anh-europe.org ], un site anglais très sérieux qui intente un procès à la Commission européenne pour les aider financièrement.

Pour mieux comprendre, lire une interview de son fondateur le Dr Robert Verkerk :

Seule une véritable information sur la gestion de notre propre santé pourra nous protéger.

Pour en savoir plus :
Un site d'experts qui proposent aux entreprises de les assister dans le processus d'enregistrement de leurs produits, on y aperçoit la complexité du processus : www.thmpd.eu

Le texte de la Commission européenne :
http://ec.europa.eu/health/human-use/herbal-medicines/index_en.htm, en anglais

Brève description de la procédure :
http://ec.europa.eu/health/files/eudralex/vol-2/a/vol2a_chap1_2005-11_en.pdf

Par Élisabeth Schneiter

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