Nouvelle : Un soleil pour la deux, de Louise Vaslin-Mercier.

10 juillet 2009

La rubrique « A vos plumes » vous accueille tous les vendredis. N'hésitez pas à adresser vos nouvelles à Marie-Catherine Chevrier. Aujourd'hui, Un soleil pour la deux, de Louise Vaslin-Mercier.

catie.chevrier@toutpourlesfemmes.com

Un soleil pour la deux par Louise Vaslin-Mercier

On est au printemps, le temps est encore frais, mais le soleil est radieux. Assis à la terrasse du café de la Paix, je contemple l'Opéra-Garnier qui brille de mille feux devant moi. On en oublierait presque tout ce fourmillement touristique. Cette agitation urbaine créée par les allées et venues des gens qui se rendent au boulot - monter, descendre les escaliers de la station de métro Opéra. Je commande un café et je me délecte , je suis en total décalage avec le rythme extérieur. J'ai fait comme un arrêt sur image, j'ai mis pause sur mon lecteur. Je suis en retrait et pourtant je fais bien partie de tout ce brouhaha.
Le serveur me glisse en vitesse et de façon machinale mon addition sous la coupelle.
A la table d'à côté, un jeune homme semble attendre quelqu'un. Il est assez nerveux et tapote son téléphone portable qu'il consulte de manière compulsive. Une jeune femme essoufflée arrive et embrasse mon voisin.
- Salut ! Excuse-moi, j'suis en retard.
- Assieds-toi, tu prends quoi ?
- Un café, dit-elle dans un souffle en se posant sur la chaise. 
Un bus passe et encore un autre, quand...
« Un week-end de rêve dans un pays de soleil...», clame une publicité sur un bus. On voit majoritairement une main tendue qui semble nous dire « Viens... »
Attends un peu, j'ai pas de fric, personne ne m'attend. BOUGE PAS J'ARRIVE !!!!!!!

« Vite, sous les sunlights des tropiques... » Je suis sur le sable, « Seul sur le sable, les yeux dans l'eau... » Le soleil tape sur ma peau, ça fait du bien ! J'ai mis mes lunettes de soleil et je lézarde ! Le bonheur ! A peine à quelques centimètres, les vagues. Certaines viennent me chatouiller les doigts de pieds.

Tout à coup, j'aperçois une ombre au loin. Aïe ! Un requin ? A moi le remake de « The teeth of the sea 10 ». Je me lève. Mince, j'ai pas mon maillot de bain rouge ! Tant pis, j'y vais, je fonce. Alerte ! Alerte ! Personne ne bouge. Je me retourne interloqué. Yé souis tout seul ! Panique. Mon séjour va tourner au cauchemar. Et l'ombre qui est toujours là. Yé souis foutu !
Je me balance d'un orteil sur l'autre pour identifier la chose.
Soudain, il me semble apercevoir un signe de vie. Hourra ! Et là je me déchaîne. J'agite mes bras dans tous les sens. Je suis Robinson on the beach, peut-être est-ce Crusoé in the sea que je vois au loin ! Je dois lui venir en aide. Et je m'agite de plus belle tout en criant. Et oh ! Et oh !

- Monsieur, monsieur !
Ah, quelqu'un enfin ! Crusoé, c'est moi !
- Monsieur, ça va ? Réveillez-vous !
Un peu sonné, j'ouvre un œ,il. J'ouvre l'autre. Et là je me dis, y a un truc qu'est pas normal.
Crusoé est devenu le serveur. Et ma plage, une mare de café sur ma table. Il gît de façon aussi lamentable, que l'est mon comportement à l'heure actuelle. Quelques badauds finissent de ricaner de la scène.

Je réalise et suis très déçu. Et bien non, je n'y suis pas, je n'ai pas bougé ! Pourtant, j'étais super motivé ! Le seul souvenir que j'ai ramené de là-bas, c'est un superbe coup de soleil en plein milieu du visage et une belle insolation.
Ah, le soleil de la place de l'Opéra, il est terrible !

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