Tête de Gondole - Christian Rioux

Faites l'amour pas les magasins

Victor, agrégé de philosophie, bercé de culture classique, démissionne de l'Education Nationale et devient chef du rayon livres d'un hypermarché géant, métaphore de la société de consommation.



Au monde de la rentabilité à tout prix et de l'horreur salariale, les chiffres l'emportent sur les lettres. Le héros va s'investir dans sa nouvelle vie au point de dormir dans une tente igloo au rayon camping de la grande surface, avec « Belle du Seigneur » comme livre de chevet.

Une rencontre nocturne singulière avec Anna, une voleuse malicieuse, elle aussi bac + beaucoup, va changer sa vie. Après avoir libéré l'animalerie de l'hypermarché, au grand bonheur des mygales malgaches, serpents amazoniens, anaconda et autres grenouilles venimeuses, elle va lui ouvrir les yeux, le sauver de l'aliénation absolue et mettre en péril et le symbole du capitalisme triomphant, et son ascension fulgurante.

Histoire d'amour, tragédie grecque à contrepoint comique ou comédie à contrepoint tragique, le récit de Christophe Rioux se lit le sourire aux lèvres. Construit de manière amusante avec une unité de lieu et d'action, et un rythme qui suit le cycle de vie des produits enseigné dans les écoles de commerce, il est truffé de clins d'œ,il, littéraires et artistiques, de jeux, d'énigmes. Il est semé d'indices que l'auteur laisse à chacun le plaisir de découvrir avant un éclat de rire final délirant en feu d'artifice qui règle son compte à la dérive délirante d'un certain art contemporain.


Une invitation à la poésie

Le sous-titre du roman « Faites l'amour pas les magasins » est une invitation subversive à sortir de l'homo economicus à tout crin pour retrouver poésie et respiration dans une époque de conformisme mou et de carcans imposés.

Christophe Rioux, comme Eric Reinhardt, auteur de « Cendrillon » (Stock 2007), roman prophétique qui mettait en scène un jeune trader, appartient à cette nouvelle génération d'auteurs, rares en littérature, de formation littéraire mais qui font leur miel d'une connaissance intime du monde l'entreprise.

Pour ce jeune auteur talentueux de l'écurie de Flammarion, découvert par Frédéric Beigbeder, pour son premier roman « Des croix sur les murs » (2006), « écrire c'est d'abord être l'observateur éclairé de la vie qui passe. » Son observation du fonctionnement de la grande distribution rappelle d'ailleurs les meilleurs moments d'Amélie Nothomb dans 'Stupeur et tremblements » (1999). Professeur d'économie à la Sorbonne et dans plusieurs écoles de commerce, il a participé au « Libé des écrivains ».

Christophe Rioux. « Tête de gondole ». « Faites l'amour pas les magasins ». Roman. Flammarion (février 2009), 19 euros.

Par Gisèle Prévost

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