Les films qui savent parler aux femmes : Nahid et No land’s song

Envie d’aller au cinéma ? Mais comment choisir parmi toutes les  nouveautés qui s’affichent? Justement, Cine-Woman sélectionne les films qui savent parler aux femmes. Coup sur coup, sortent deux films iraniens qui traitent chacun à leur manière de la condition de la femme en Iran : Nahid, le 24 février 2016 et No land’s song, le 16 mars 2016.

NAHID

L’histoire: 
Dans une petite ville du nord de l’Iran, la vie sourit enfin à Nahid, une jeune divorcée qui élève seule son fils de 10 ans. Massoud, un bel homme responsable, chef d’une entreprise prospère, veut l’épouser. Elle aussi est amoureuse. Mais, elle a scellé un accord avec son premier mari : obtenir la garde de leur fils à condition de ne jamais se remarier. Et cela alors que la loi iranienne accorde systématiquement la garde des enfants de divorcés à leur père, que celui-ci soit ou non défaillant.

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Ce qu’en dit le film:
Si l’enjeu du film parait simple, l’ambivalence des personnages donne une épaisseur très singulière à cette histoire magnifique. Nahid est velléitaire. Bien sûr qu’elle rêve d’épouser Massoud, de sortir de sa vie de solitude et de précarité. Mais, il lui semble que cet engagement est bien trop beau pour être vrai. De plus, elle ne peut renoncer à son fils et elle est prête à toutes les faiblesses pour cela.

nahid

Nahid est prise en étau entre une tradition, la charria qui lui impose cette dépendance vis-à-vis de son premier mari, un homme qu’elle n’a pas choisi, et la possibilité de vivre sa vie et d’être heureuse. 

Massoud, le raisonnable, l’homme patient, va lui proposer l’impensable. Tout faire pour qu’elle puisse conserver la garde de son enfant et sauver les apparences en s’engageant à un mariage temporaire, en CDD, renouvelable à l’envi – un arrangement local - qui leur donnent enfin la possibilité de vivre ensemble.

La jeune réalisatrice Ida Panahandeh signe avec Nahid, un premier film d’une maturité incroyable. Il  décrit avec subtilité l’hypocrisie d’une société iranienne qui, en entravant la liberté des femmes, condamne aussi les hommes à passer à côté de leur vie et de leurs sentiments.

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NAHID
De Ida Panahandeh, avec Sareh Bayat, Pejman Bazeghi, Navid Mohammadzadeh... 1h45. Sortie : le 24 février 2016.

NO LAND'S SONG

L’histoire:
En Iran, depuis la révolution islamiste de 1979, la loi interdit aux femmes de chanter en solo… devant un public mixte ou masculin. Leur voix, trop érotique, ne saurait être entendue par des hommes ! La jeune musicienne et compositrice, Sara Najafi, décide de défier cette loi en organisant un concert de solistes féminines. Elle use pour cela de tous les stratagèmes, défie la censure, les obstacles en faisant preuve d’un pouvoir de conviction énorme ! Accompagnée de deux iraniennes réputées, Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi, elle invite les chanteuses françaises Elise Caron et Jeanne Cherhal et l’artiste tunisienne engagée Emel Mathlouthi à faire partie de l’aventure.

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Ce qu’en dit le film:
Sara Najafi est la première femme à avoir obtenu le diplôme de compositrice en Iran et a signé la BO de plusieurs films. Avec une conviction redoutable (et une colère sensible), elle s’entête donc à monter son projet que son frère, le réalisateur Ayat Najafi filme depuis l’idée jusqu’au résultat final.

On la suit donc, avec lui, dans tous les moments forts de cette quête impossible, Depuis le moment où elle convainc les chanteuses iraniennes puis étrangères, jusque dans les bureaux du ministère de la censure où elle tente d’obtenir gain de cause. Dans ses phases de découragement aussi.

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Asghar Farhadi, le réalisateur d’Une séparation, avait déjà mis en évidence l’absurdité bureaucratique de son pays, soumis à l’arbitraire et aux soubresauts politiques. Cette fois-ci, la démonstration est encore plus radicale. Parce que c’est un documentaire et qu’en plus, le frère et la sœur s’appliquent à mettre en scène les différents freins auxquels ils se heurtent. Sara prend rendez-vous avec un théologien pour nous expliquer le pourquoi de cette interdiction des solos féminins, tandis qu’Ayat retrouve des archives et repart sur la trace d’un passé pas si lointain où les femmes se produisaient sur scène en public et sans censure. Au passage, ils égratignent les services diplomatiques français peu enclins à prendre le moindre risque vis-à-vis des autorités iraniennes. Instructif !

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NO LAND'S SONG
Documentaire d’Ayat Najafi, avec Elise Caron, Jeanne Cheral… 1h31. Sortie le 16 mars 2016.

 

Véronique LE BRIS 

Cine-Woman

 

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