Hokusaî, au musée Guimet

Gakyôjin, le vieil homme fou de dessin

Le musée Guimet, à Paris, expose le grand maître japonais de l'estampe, Hokusaï, jusqu'au 4 août.
-Né à EDO (Tokyo) en 1760, Hokusaï est mort dans la misère à 89 ans. Gakyôjin, « le vieil homme fou de dessin », c'est l'un des nombreux noms d'HokusaÏ, qu'il se donnait lui-même. Dessinateur, mais également peintre de génie, son œ,uvre est immense et ses thèmes extraordinairement variés. Le musée Guimet expose près de 300 de ses estampes, peintures et dessins.

Accepter le rêve, l'imaginaire, les contes ...




Pour pénétrer dans le monde d'HokusaÏ, il faut abandonner l'Occident et le minimalisme de l'Art Contemporain, oublier que le « trash » est à l'honneur. Il faut accepter le rêve, l'imaginaire, les contes... rentrer dans un monde de plaisir et de beauté , il faut pouvoir se perdre dans la poésie, la finesse des couleurs, la richesse et la précision des détails.
L'exposition se tient dans l'espace inférieur du musée, dans la douce lumière artificielle qui sied à ces estampes.


Qu'est-ce qu'une estampe, au temps d'Hokusaï ?



Car la très grande majorité des œ,uvres présentées sont des estampes. Qu'est-ce qu'une estampe, au temps d'Hokusaï ? C'est l'impression sur bois, et avec plusieurs passages de couleur, d'un dessin originel qui est ensuite détruit.
Il s'agit donc toujours d'œ,uvres de petite taille, certaines de la taille d'un livre.
La pratique des estampes est née lors de la création des lieux de divertissement : des maisons de thé, du théâtre kabuki, des courtisanes, des danseuses. Les estampes (ukiyo-e), exécutées en impression polychrome (nishiki-e ) pouvaient être très populaires, réalisées en grandes séries, voire sous forme de livres illustrés , les thèmes étaient souvent ceux de la vie urbaine ou du monde des plaisirs, le « monde flottant ».


Hokusaî a touché a tout

Mais elles pouvaient être destinées à certains lettrés ou cercles d'intellectuels qui en faisaient souvent la commande. Elles étaient alors plus raffinées, produites en séries limitées, de très haute qualité, avec plusieurs passages de couleurs , par exemple l'estampe de vœ,ux (surinomo), le poème illustré (kyoka), les estampes érotiques (Shunga, images de printemps).

Hokusaî a touché à tout , il aurait fait plus de mille dessins ! Des romans illustrés, mais aussi des séries sophistiquées. On considère que c'est lui qui a lancé le paysage, peu utilisé au Japon auparavant, contrairement à la Chine. Mais il faut dire qu'il a eu des maîtres chinois ! Il affectionnait aussi les représentations de scènes de vie, les courtisanes comme les gens du petit peuple. Son art du mouvement, homme, animal ou plante est saisissant.
Ouvert à tout, il a aussi utilisé des techniques occidentales, telle la perspective , et si l'Occident l'a reconnu très tôt, il a également influencé ses peintres, notamment en France (Monet, Degas, Klimt).


La genèse des Mangas d'aujourd'hui

Poursuivons l'exposition : une dizaine de la série mythique des 36 vues du Mont Fuji sont là, ainsi que certains dessins préparatoires : vues de paysage, certes, ce qui n'était pas habituel pour l'époque au Japon, mais souvent aussi prétexte à des scènes de genre, avec des personnages extraordinaires en mouvement : femmes précieuses et délicates pleines de grâce dans leurs poses, paysans et hommes du peuple dans leurs occupations...-
Le merveilleux « Démon riant' , et deux autres de la série « cent histoires de fantômes' , sont présents , il faut se rappeler la très belle exposition « YOKAÎ, bestiaire du fantastique japonais » de la maison de la culture du Japon à Paris, en 2005. Il y avait là des estampes d'Hokusaï, en particulier « étoile d'une nuit de givre », et c'était (c'est ?) toute la genèse des Mangas d'aujourd'hui qui apparaissait brusquement !


À ne pas rater, les 12 estampes érotiques

Les poèmes expliqués par la nourrice Tenchi Tenno nous ramènent aux contes de notre enfance , cinq sont ici présentés !-
Une petite série de 12 estampes, nouvellement publiée, sur les scènes de rue, est délicieuse , et bien sûr a ne pas rater, les 12 estampes érotiques, style qui a tant fait pour faire connaître les estampes japonaises en Occident.
Et puis, quatre estampes des « mille images de l'océan », des représentations de fleurs, d'oiseaux, d'animaux, des vues des Ponts Célèbres....


Hokusaî, peintre de génie


Mais Hokusaî était également un peintre de génie : en témoignent les peintures regroupées en fin d'exposition : la fameuse paire du tigre et du dragon, peinte la fin de sa vie, ou encore le paravent à 8 panneaux, cette fois de grandeur nature.-
Le musée Guimet, en organisant cette exposition, quasi exclusivement composée de son propre fond, a aussi voulu rendre hommage aux donateurs des œ,uvres, notamment Norbert Lagamme, et c'est tant mieux.


Réf.:
-Musée national des arts asiatiques Guimet, 6 place d'Iéna, Paris 75116
-Photos copyright musée Guimet : Thierry Ollivier

-Voir:
-www.guimet.fr
-www.mcjp.assoc.fr

-Lire:
-Hokusaï- Connaissance des Arts Hors série n° 361
-Hokusaï-par Matthi Forrer Bibliothèque de l'image, 1996



Par Christine Nathan

Portrait de admin

Ajouter un commentaire