L’agriculture industrielle se meurt : vive l’agroécologie!

Ouf, le salon de l'agriculture est passé. Dimitri, le seul garçon de la rédaction de TPLF, nous livre une critique drôle et acide de l'état de l'agriculture en France... et des solutions d'avenir. 

Cerise, une bazadaise, fut la star du Salon International de l'Agriculture 2016
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Le 6 mars 2016, le Salon International de l’Agriculture (SIA) a fermé ses portes sur un air de chant du cygne. Force est de constater que la fermeture du salon ressemblait plus à la fermeture des portes du pénitencier qu’à la fin d’un salon familial où les enfants viennent caresser l’arrière train des stars du salon : les vaches. 

Le reflet de la société

Il faut dire que depuis plus de trente ans, les agriculteurs entendent le même refrain de la bouche de nos responsables politiques de gauche et de droite confondus. Les solutions proposées passent encore par une mise sous perfusion d’une agriculture productiviste pourtant exsangue. Et les dix milliards d'euros de soutien public, versés chaque année au secteur agricole, ne semblent en rien aider nos agriculteurs. Ils se retrouvent aujourd'hui pris en tenaille entre une concurrence étrangère de plus en plus rude et des aides de la PAC (Politique Agricole Commune) de moins en moins généreuses.  Dans cette course à la production de masse, où l’agriculture produit moins qu’elle ne détruit, la France fait pâle figure, une fois encore dépassée par un voisin Allemand qui décidément se taille la part du lion dans bien des domaines. Mais dans ces circonstances est-ce réellement une mauvaise nouvelle ? Souhaitons-nous encore d’une agriculture qui met à mal les terres et qui propose certes des produits à bas prix mais qui s’avèrent mauvais pour notre santé et celle de nos chérubins ? L’agriculture n’est-elle pas finalement au cœur de notre mode de vie ? Le reflet de la société dans laquelle nous vivons ?

Agrobusiness

Pourtant, nombreux sont ceux qui se laissent encore séduire par le chant des sirènes du productivisme agricole à outrance. Le tout, à coup de pesticides et de fermes industrielles des mille et une vaches, qui n’ont rien d’un conte de fée, quitte à sacrifier notre santé sur l’autel de la compétitivité industrielle. Des hommes politiques de premier plan comme Nicolas Sarkozy ou encore notre Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll s’enivrent encore du dopage aux pesticides de nos terres agricoles. Et la FNSEA (syndicat agricole majoritaire en France) continue, contre vents et marées, à utiliser sans tabous les mots « compétitivité » ou « OGM ». Dans cette tempête, Xavier Beulin, son président n’hésite plus à introduire dans le débat agricole des concepts jusque-là réservés au domaine financier, comme la titrisation, qui pourrait permettre à des fonds d'investir davantage dans l'agriculture.  Il est vrai que Xavier Beulin s’apparente plus à un « agrobusinessman », qu’à l’image d’épinale que nous pourrions avoir du bon vieux paysan labourant ses terres. Bien évidemment il n’y a pas de mal, en soit,  à avoir un train de vie de PDG ni d’avoir un beau pied à terre en Tunisie, la Tunisie ce n’est pas encore Panama tout de même. Et je vous l’accorde l’habit ne fait pas le moine. Mais quand ce dernier ne prêche guerre plus en faveur de petits éleveurs et exploitants et qu’il tire les ficelles d’une agro-industrie qui entraîne la disparition des agriculteurs, nous sommes en droit de vouloir se fier à un autre saint.  

Des jeunes pousses

Heureusement, dans ce marasme vert de nos campagnes, de  jeunes et moins jeunes  pousses, font entendre un autre refrain. Ils viennent murmurer un chant d’espoir à ceux que le perdent un peu plus chaque jour…

Pierre Rabhi est le premier d’entre eux, agriculteur biologiste, romancier et poète, il est le fondateur, notamment du Mouvement Colibris. Ce mouvement, qui est à l’origine du film Demain réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion (César 2016 du meilleur documentaire), se mobilise pour la construction d’une société écologique et humaine. Mais Pierre Rabhi, c’est aussi le poète et chevalier vert de l’agro-écologie. Il défend parmi tant d’autres, un nouveau paradigme basé sur des techniques agricoles respectueuses de la nature et une réelle démarche éthique.  « Mettre de la poésie dans ses discours », comme chantait Léo Ferré, ne serait-ce pas justement de tendre un peu plus chaque jour vers cette démarche ?

 

Pierre Rabhi dans Demain, le film de Cyril Dion de Mélanie Laurent
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Comme Pierre Rabhi le définit lui-même : “Le dogme d’une croissance infinie dans un monde fini est dépassé. Il est urgent de changer de paradigme, de reconsidérer le lien qui nous unit à la terre, de valoriser la coopération plutôt que la compétition pour le bien-être de l’humanité dans son ensemble. L’agroécologie le permet.” Il entraine dans son sillage de plus en plus d’adeptes en France. De nombreux agriculteurs se tournent désormais vers ces modèles agroécologiques, les filières biologiques, et les circuits courts.

Soyons tous des colibris !

En 2015, le rythme de conversion à l’agriculture biologique a nettement progressé tout comme les surfaces consacrées à ce type d’agriculture. Et les cultures certifiées « Bio » ont connu une hausse de 17,3% par rapport à l’année précédente. Pour ceux qui se sont laissé séduire, un semblant d’espoir semble naître puisque ce type d’agriculture rapporte en moyenne  22 % à 35% de plus que l’agriculture conventionnelle et surtout apporte plus de bien être aux agriculteurs (même si les disparités par secteur sont importantes). Certes, les surfaces bios ne représentent que 5% de la surface agricole mais ces surfaces progressent et ouvrent un nouveau chapitre dans le livre des possibles.

 Et si, comme l’a dit un jour un ancien président de la République Française, « notre maison brûle », nos enfants nous remercierons peut-être que tels les Colibris de l'ancienne légende amérindienne, d'avoir fait notre part de travail. Même si, cette part ne devait être qu’une goutte d’eau dans un océan de feu.

 Dimitri 

©P.Parchet

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