Ces femmes qui aiment plus leur amant que leur mari - Billet d'humeur

Dimitri livre son avis lucide et tendre sur les amoureuses de l'amour, les femmes qui confondent idylle et réalité.

Il est cinq heures du mat’, sorti brusquement d’une profonde léthargie, l’esprit ivre et brumeux, je me sens envahi par un vertige. Je cherche vainement un point de repère dans ce lit qui me semble aussi vaste qu’un désert de sable. Un corps de femme doux comme une crème après solaire écrase de tout son poids ma poitrine. Elle est nue, sa jambe gauche est posée sur les miennes, je sens son cœur battre au rythme lent d’un bateau de croisière parti pour une longue traversée. Prisonnier d’une geôlière aux longs cheveux roux, je pose finalement mon regard sur les courbes de ses fesses qui se dessinent délicatement dans le clair-obscur de la chambre. Je retrouve progressivement mes esprits et avec lui le fil de la soirée qui m’a amené dans cette cabine d’un paquebot en perdition.

Autour du lit, posé sur les tables de chevets, je reconnais les cadres en argent avec les photos d’une famille modèle tout droit sortie d’une mauvaise série américaine. Déclinaison familiale des « Martine » mon attention s’arrête sur la version « Martine, et sa famille, à la plage ». Sur fond de mer bleu azur une belle femme rousse est pendue au cou d’un Ken légèrement bedonnant, devant eux se tiennent trois enfants blonds tout sourire. Cette femme dont le sourire affiché est le même depuis des années - il n’a pas changé depuis le jour de son mariage - c’est Amandine… Amandine est mariée depuis dix ans et elle est cette femme modèle que les proches et collègues admirent. Affable, mère presque parfaite, elle a consacré ces dix années à ses trois têtes blondes ainsi qu’à son mari qu’elle a aimé, supporté et soutenu. Le quotidien a rythmé les saisons de leurs amours usant progressivement la couleur éclatante de leurs ébats nocturnes. L’amour a peu à peu cédé la place à la complicité. Amandine et moi avions réussi à combler ce vide et étions devenus des amants occasionnels, jusqu’à la nuit dernière. Cette nuit d’ivresse ou au détour d’une gorgée de Spritz, elle m’a annoncé sa volonté de larguer les amarres de son port d’attache familial pour vivre pleinement notre amour. Il aura fallu d’autres tournées de Spritz et deux bouteilles de vin blanc pour noyer ses ambitions, et la ramener sur la terre ferme et charnelle de notre relation.

Mais quelle mouche a piqué cette jolie nymphe prête à sacrifier la douceur de notre liberté pour une nouvelle cage dorée ? Quelle naïveté enfantine amène une femme mûre, et à priori intelligente, à voir en son amant un Peter Pan prêt à l’enlever pour le monde imaginaire d’une relation durable? Et je dirais même, qui sont ces prétendants qui les encouragent dans une voie sans issue, si ce n’est la répétition d’une histoire de vie déjà vécue ? Une mélodie, qui passée l’ouverture, sonnera comme une berceuse dans laquelle les tourtereaux se laisseront porter jusqu’à l’éveil cruel de l’ennui.
Il est naturel que certaines femmes, ayant tout donné pour le bonheur familial de leurs chérubins et maris, recherchent le reflet d’un nouveau pouvoir de séduction dans le regard d’amants aimants. Qui jetterait la première pierre à celles qui se laissent tenter par le goût d’une passion renouvelée sur l’oreiller voluptueux de l’adultère si celui-ci « n’est que » passager et clandestin? Beaucoup de gens vertueux probablement. Mais cette infidélité n’est-elle pas parfois un balancier qui permet de trouver l’équilibre sur le fil de la stabilité conjugale ? Un jardin secret qui savamment cultivé permet de donner un second souffle d’érotisme dans l’alcôve des couples qui vivent entre le crépuscule des noces d’étain et l’aube des noces d’argent. Cependant les femmes qui souhaitent mettre au grand jour ce jardin, abandonnant mari et enfants, ne risquent-elles pas de cultiver le regret d’une idylle charnelle passée, mise à mal par un quotidien naissant, pour voir pousser l’amertume d’un amour à jamais perdu ?

Alors oui je dis merde aux femmes qui aiment plus leurs amants que leurs maris avec l’incrédulité de la jeune fille qu’elles ne sont plus, et avec l’ambition d’être une nouvelle femme qu’elles ne seront sans doute jamais.

Par DIMITRI

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Commentaires

Merci Dimitri, et pour s'en convaincre, il faut relire Anna Karénine. Mais la capacité à imaginer et à rêver reste le propre de l'être humain, pour le meilleur... et pour le pire.

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