Afrique du Sud : regards sur l'apartheid

Au moment où le monde a les yeux braqués sur la coupe du monde de football en Afrique du Sud, Marie-Laure de Decker publie, aux éditions Democratic Books, un ensemble de photos sur l'apartheid. La célèbre reporter-photographe présente en Afrique du Sud, à de nombreuses reprises à partir de 1985, commente pour toutpourlesfemmes quelques uns des clichés, significatifs de ces moments, les dernières années de l'apartheid. 'Une période très dure où, dit-elle les Blancs étaient impitoyables. Tout le monde avait peur de tout le monde'.

Devant l'apartheid, Marie-Laure de Decker, reporter qui n'hésite pas à parcourir les zones sensibles ou difficiles de la planète - elle retourne d'ailleurs au Tchad à l'automne prochain - n'a pu rester simple témoin. «Je me suis engagée et j'ai adhéré à l'ANC en 1986 ou 87. On ne pouvait pas rester sans prendre partie. Sans doute, une femme blanche entrant dans ce mouvement paraissait incroyable. Mais cela passait, quand on savait que j'étais française».

Le symbole du problème

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«Tout est dit dans cette photo. L'enfant est lourde. L'enfant porte sa poupée. Elle est portée par sa nounou noire. Tous les enfants des Blancs sont élevés par des femmes noires, qui les adorent. Elles-mêmes laissent leurs propres enfants à la grand-mère. Souvent elles s'occupent mieux des enfants blancs que leurs propres mères. A un certain âge, il faut la séparation. L'amour, la haine, tout le symbole du problème».

Mines d'or : la haine et l'injustice

Les deux photos qui suivent sont les regards antagonistes portés sur un même événement : les mineurs manifestent. Ils veulent la grève.

«Eugène TerreBlanche avec sa garde. Ils regardent la manifestation des mineurs. Nous sommes en 1988. TerreBlanche, un Afrikaner a été assassiné en avril 2010 par deux employés.»

«La manifestation des mineurs. Ils votent la grève. Leur revendication ? Descendre dans la mine dans le même ascenseur que les Blancs. Ces ascenseurs descendent et montent pendant 3 km. En bas, précisent les ouvriers, nous sommes mélangés. Pourquoi pas dans l'ascenseur ? Dans la mine d'or, il y a 10 000 Noirs. 50 Blancs les encadrent.»

«Autour de Johannesburg, il y a 33 mines avec pour chacune, 10 à 15 000 ouvriers.
Au sud de Johannesbug, l' Etat d'Orange : c'est là dans la ville de Welcom que se trouvait TerreBlanche.»

Le curé français de Soweto

«J'ai connu un curé français blanc à Soweto, Emmanuel Lafont. Il était le curé de Saint-Philippe à Moletsane, une des paroisses catholiques
du township. Il s'est installé en Afrique du Sud en 1983. Il y restera pendant treize ans. J'ai vécu dans la sacristie et dans l'église. Le matin de bonne heure avant la messe, je repliais mon lit picot. Il m'a montré beaucoup de choses à Soweto. On est restés très amis».

Le plus bel homme de ma vie

Cette photo fait la couverture du livre. L'homme couvert de chaînes s'appellle Golden Mile Budhu. Il a manifesté pour la libération des prisonniers politiques. Cette photo est prise à Pretoria. La ville des Boers. Climat dur. Les Noirs rasent les murs. L'exploit de Golden Mile Budhu est extraordinaire. Avec ses chaines il est descendu du bus et a commencé à marcher dans les rues. Puis, peu à peu, des Noirs l'ont suivi. A la fin du parcours, ils étaient des milliers.

J'avais vu une petite photo de lui dans un journal de Soweto. Je l'ai cherché longemps. Puis un jour je l'ai vu arriver dans un meeting de Mandela. Cela se déroulait dans un grand terrain vague. Il y avait beaucoup de monde, des drapeaux, des banderoles. Je l'ai immédiatement reconnu. Je me suis approchée de lui et lui ai dit “vous êtes le plus bel homme que j'ai vu dans ma vie”.

Miriam Makeba, ou le combat pour la liberté

Miriam Makeba est morte à Rome en novembre 2008, juste après un concert. En 1932, quelques jours après sa naissance, sa mère est arrêtée. Motif : elle tenait un sheebeen, un bar où on faisait de la bière. C'était interdit.
Invitée par les Kennedy aux Etats-Unis, elle n'a plus pu rentrer dans son pays. Pas même pour l'enterrement de sa mère dont elle était très proche. Alors que dans ce pays, l'enterrement est le moment le plus important dans le cycle de l'existence. Elle a dû attendre la libération de Mandela pour revenir en Afrique du Sud.

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--Democratic Books
--24 rue Saint Antoine 75004 Paris
--01 43 55 48 48
--www.editionsjeandisciullo.com

Par Elsa Menanteau

Photos de Marie-Laure de Decker

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