Minceur et bronzage, une leçon d’Histoire

Dans notre jargon de journalistes, un « marronnier » est un sujet récurrent qui revient aussi sûrement que les marrons sur les arbres à l'automne. Parmi eux figurent dans la presse féminine, l'objectif silhouette idéale et bronzage. Sujets imposés aux femmes d'aujourd'hui ? Que nenni ! En nous plongeant dans les archives de notre plus ancien magazine consacré à la beauté « Votre Beauté » nous avons trouvé un florilège de conseils parfois surprenants sur ces sujets déjà autant exploités jadis qu'aujourd'hui.

Insolite : ces conseils de jadis vont vous surprendre

Côté minceur, la préoccupation ne date pas d'hier même si la tendance hyper-maigrichonne n'était pas du tout à l'ordre du jour. Mais côté méthodes, on ne manquait pas d'imagination. On en était déjà, dès le début des années 1950, aux méthodes dites «révolutionnaires ». Rien de nouveau sous le soleil décidément.

Maigrir en dormant

Boom Mince pour maigrir sans y penser

Avec Boom Mince, sous-vêtements amaigrissants vous pouviez maigrir par sudation « sans perdre de temps, en vaquant à vos occupations, sans régime, sans effort, sans drogue ».

Vous pouviez aussi « maigrir en dormant, facilement, progressivement, sans danger, sans privations ni fatigue » grâce à la méthode Padinox. De quoi s'agissait-il ? « le traitement Padinox, lit-on, est absorbé par voie rectale (suppositoires minuscules) ». Ce mode d'application, est-il dit, présente d'inappréciables avantages : « suppression de toute irritation du tube digestif, action douce et progressive pendant le sommeil ». Et ce n'est pas tout : « Padinox fait maigrir en rétablissant la santé par un amaigrissement absolument naturel, un retour au poids normal, par une véritable désintoxication de l'organisme associée au rétablissement progressif d'un parfait équilibre du système glandulaire et des différentes fonctions de la nutrition ». La composition des suppositoires ? « des extraits glandulaires et végétaux dosés et préparés de façon spéciale ». Circulez, on n'en saura pas plus mais la méthode promet, selon la longueur de la cure une perte allant de 2 jusqu'à 15 kilos.

Nous voici dans les années 60 avec l'arrivée de l'électro-ménager qui fut aussi celui des premiers appareils « miraculeux ». Vive donc l'Electric thermo-masseur chauffant qui entre le 1er et le 6 août (sic) vous assurait 10 kilos en moins. Sans rire c'était « vraiment la solution définitive du massage total pour maigrir ». Ce masseur électrique à boules chauffantes devait s'utiliser matin et soir.

Et pourquoi ne pas essayer une cure d'amincissement en institut spécialisé. Radicalement différent de l'offre contemporaine si l'on en juge. Une spécialiste du genre avait constaté qu'il était « impossible de faire maigrir une femme dont les cellules nerveuses sont encrassées ». D'où la proposition d'une cure de deux jours, pendant deux heures chaque jour avec application d'une méthode « norvégienne ».
Allez, on vous en donne le protocole :

JOUR 1

11h : sudation
11h30 douche écossaise au jet selon prescription médicale
12 h : une tasse de lait norvégien déchloruré et vitaminé réactivant l'appétit
Repos
12h15 : massage du corps approprié au cas
12h45 : douche chaude, repos
Le soir : lait norvégien pour dîner

JOUR 2

11H : sudation, douche, massage (comme la veille)
12h30 : repos et repas très léger
13h : repos et fin de la séance à l'institut
17h : chez soi : une boisson à base de citron et d'orange
20h : dîner léger : grillade et fruit

«Et la cure est terminée et les trois kilos excédentaires —,début de l'embonpoint-.... Envolés » L'article ajoute que parmi beaucoup d'autres célébrités, Edwige Feuillère, Madeleine Renaud, Juliette Gréco, Léonor Fini, François Christophe et bien d'autres y compris —,discrètement- des hommes politiques connus, se sont prêtés à la cure norvégienne.

Maigrir sans efforts, bronzer sans danger...

Pour celles qui restaient de longues heures au soleil...

Vous suivez toujours ?
Maintenant que vous avez la ligne adéquate (souvent nommée en ces temps là « ligne haricot » que l'on doit à Christian Dior), on est tenté de vous dire : et bien bronzez maintenant !

Bronzer en ces temps là n'était pas une sinécure. Cela nécessitait même de la méthode et quelque effort.
Ainsi voyait-on surgir des produits permettant de « bronzer très rapidement mais sans coups de soleil, convenant tout particulièrement à celles qui restent de longues heures étendues au soleil » avec Harriet Hubbard-Ayer ou ce petit chef-d'œ,uvre d'ambigüité cosmétique signé Académie Scientifique de Beauté proposant un « anti-solaire de bronzage rapide »...

Anti-solaire, mais de bronzage rapide

Au début des années 1960 on n'y allait pas du dos du parasol. Le produit Spray-Tan annonçait posséder « l'extraordinaire propriété, en même temps qu'il éclipse les radiations inflammatoires, de capter les ultra-violets super-bronzants » mais en même temps « toutes les régions du corps sont protégées contre le brûlures du soleil ». Mieux, comme dit l'article « l'effet super-bronzant et protecteur offre l'avantage de durer 4 à 6 heures, à tel point que même après plusieurs baignades le Spray-Tan continue à agir, en même temps qu'il réussit à chasser les insectes grâce à ses vertus insectifuges et à protéger le corps tout entier contres les piqûres des moustiques ». Record difficile à battre!

Le bronzage de la femme tronc

Pourtant dès le milieu des années 1960 Votre Beauté, à l'écoute des dermatologues, tentait déjà d'avertir ses lectrices sur les risques liés à l'abus d'exposition au soleil. Sceptique sur sa capacité à s'opposer à la mode du bronzage, véritable « must » de ces années là, le journaliste donne quelques règles à observer.
Un peu étranges parfois mais fort bien intentionnées :

« Commencez par vous enduire entièrement des pieds à la racine des cheveux, voire aussi les cheveux, d'un produit anti-solaire. Qu'il soit un véritable vêtement qui n'excepte aucune parcelle de votre corps. Faites-vous aider pour oindre votre dos par une amie à qui vous rendrez le même service ».

Ensuite ça se complique :
« Allongez vous sur un tapis éponge par exemple et exposez vos jambes jusqu'aux genoux en protégeant le restant du corps par n'importe quoi, un peignoir, l'ombre d'un parasol ou d'un mur. Au bout de dix minutes, arrêtez l'insolement. Si au bout de trois ou quatre heures ( !) il n'apparait pas de rougeurs, alors, demain vous pourrez soit doubler le temps d'exposition des jambes, soit exposer le corps plus avant. Si vous êtes devenue rouge essayez de nouveau mais en réduisant de moitié le temps que vous avez pratiqué hier. Si cette moitié est trop encore, alors renoncez. Ne prenez de soleil qu'en mouvement et point au repos. Il est des épidermes qui brûlent et ne brunissent jamais ».
Lucide, le confrère de l'époque conclut : « Et voilà ce que nous pouvions dire. Nous n'avons pas énormément d'illusions sur le sort réservé à ces lignes. Mais nous avons fait notre devoir et « laissons faire aux dieux ». Amen !

Par Evelyne Dreyfus

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