Comprendre (enfin) chaque enfant

Catherine Gueguen est pédiatre depuis 27 ans, spécialisée dans le soutien à la parentalité. Formée à la communication non-violente (CNV), son ouvrage Pour une enfance heureuse: Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau est paru en version Pocket. Aucune excuse dès lors de ne pas en faire son livre de chevet.

Pour une enfance heureuse

Se fondant sur les dernières recherches en neurosciences sur le fonctionnement du cerveau, en particulier chez les enfants, Catherine Gueguen déconstruit des modes de fonctionnements éducatifs bien ancrés dans notre civilisation. Nous avons (presque tous) été élevés, notre génération de parents, à la cuillère du récompense/punition, et cela a sans doute fonctionné pour la plupart d’entre nous, du moins en sommes-nous convaincus! Mais sommes-nous réellement devenus des adultes responsables, épanouis, fiers de ce que nous sommes? Si tel est le cas, à quel prix? On sait désormais qu’un climat affectif sécurisant et bienveillant est indispensable au bon développement, et donc au développement tout court, d’un enfant. Mais nous ignorons pour la plupart les raisons fondamentales de celui-ci. 

 Nous avons (presque tous) été élevés, à la cuillère du récompense/punition

Un cerveau en pleine construction

Le cerveau de l’enfant ne fonctionne pas du tout comme celui de l’adulte car il se développe par rythmes, de façon complexe et non linéaire. Durant les premières années de sa vie, l’enfant contrôle très mal ses émotions et ses impulsions, son cortex préfrontal (celui qui permet de prendre du recul par rapport à une situation) est encore immature. Cela crée souvent des relations très conflictuelles entre l’enfant qui ne « fait pas exprès », et l’adulte qui attend de lui l’obéissance et le contrôle de soi. « Alistair, 8 ans, explose dès que son frère le charrie. Et lorsque j’interviens, il part en vrille, dit des gros mots, sort de table, et ne se calme que lorsqu’il reçoit les câlins qu’il implore » explique une mère, excédée. Cette situation est courante dans beaucoup de familles. Ce que les parents prennent pour de la désobéissance et des caprices est en réalité une souffrance pour l’enfant qui ne parvient pas à contrôler le flux d’émotions qui le bouleversent lorsqu’il se sent agressé par son frère. Sa demande de câlins est une façon très saine de réclamer la seule chose qui le rassure: l’amour de ses parents. 

Un environnement affectif pour un être en évolution

Jusque 7 ans, le cerveau de l’enfant est doté d’une immense plasticité qui rend l’enfant fragile et influençable. Toute expérience positive ou négative oriente ce développement. La qualité affective de l’environnement de l’enfant est primordiale. Par celle-ci, le docteur Gueguen entend: la qualité des relations c’est à dire la sécurité, la confiance, la douceur et l’empathie. Des valeurs bien éloignées de la punition et de l’autorité! Ce que propose l’auteur, c’est de nous déconditionner de nos habitudes pour développer la patience, l’intelligence émotionnelle et la disponibilité bienveillante. Etre là, écouter, rassurer.

La qualité du temps passé ensemble

Moins d’écran, plus de temps

Nous vivons à une époque où les écrans ont peu à peu remplacé les moments d’échanges entre les parents et leurs enfants. Les dernières études réalisées en 2012 montrent que les enfants entre 4 et 10 ans passent en moyenne 2h18 par jour devant un écran, et cela augmente en fonction de l’âge. Et les femmes française passeraient 58 minutes par jour avec leur(s) enfant(s) réparties dans les soins, déplacements, sociabilité. Le temps réel d’échange entre le parent et l’enfant ne dépasserait guère 13 minutes quotidiennement… Cette carence est incompatible avec une véritable relation. Résultat: enfants et parents ne se comprennent plus et élever un « inconnu » est une tâche ardue! « Les représentations que les adultes se font de l’enfant vont de l’enfant considéré comme un adulte responsable, à l’enfant jugé ignorant qui doit se taire, se soumettre et même être exploité ou maltraité » explique le docteur Gueguen. 

L’empathie commence par soi-même

Vouloir à tout prix le bien-être de quelqu’un sans éprouver d’empathie, c’est à dire sans chercher à comprendre ce qu’il ressent, est source de beaucoup de malentendus et de conflits. Or, l’empathie commence par soi-même. Il faut déculpabiliser de prendre du temps pour soi, et en couple! « Quand les parents trouvent le moyen et le temps de prendre soin d’eux-mêmes, sans culpabilité, ils retrouvent la force nécessaire pour prendre également soin de leur enfant, avec PLAISIR» écrit l’auteur. 

 Prendre du plaisir ensemble!

Contre « la violence éducative ordinaire »

L’éducation à l’école privilégie la compétition, la concurrence, ce qui ne favorise pas l’expression de ses émotions, et la compréhension que les raisons de celles-ci sont en nous et pas dans l’autre. On se comprend soi et on cesse d’accuser les autres. L’empathie éveille notre conscience et notre sens des responsabilités. « En entretenant des rapports de force entre les adultes et les enfants, nous perpétuons un modèle du monde où prévalent les tensions et les divisions, la méfiance par rapport à la différence, la compétition ou la fuite. Un modèle qui produit plus de tyrans, de rebelles ou de soumis, d’agressifs hyperactifs et de timides dépressifs, que d’hommes bien dans leur peau, assertifs, pondérés, qui connaissent et expriment leur oui et leur non, et goûtent à la joie profonde de vivre leur élan créateur », ajoute Thomas d’Ansembourg qui signe la préface de ce livre essentiel. 

"la joie profonde de vivre leur élan créateur"

INFOS PRATIQUES
Pour une enfance heureuse, par le Dr Catherine Gueguen aux Editions Robert Laffont, 20€
Vivre heureux avec son enfant, par le Dr Catherine Gueguen aux Editions Robert Laffont, 13,99€

 

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