Fratries: comment les gérer (partie 1) ?

Partager cet article 11 mars 2017

Qui n'a jamais rêvé d'étrangler son petit frère? Que celui qui n'y a jamais pensé me jette la première pierre! Chacun d'entre nous qui a la chance de faire partie d'une fratrie possède parfois enfoui dans ses souvenirs refoulés des réminiscences de disputes, cris, désir de fuir cet autre cohabitant... 

Psycho - Comment gérer les fratries ?

Récit d'un atelier avec la célèbre Psycothérapeute Isabelle Fillioza

Isabelle Filliozat - Psycho - Gérer les fratries partie 1 - Toutpourlesfemmes

Adresser un courrier de façon formelle et pourtant si répandue énonçant que "Edgard est si heureux de vous annoncer la naissance de son petit frère Alistair" est une gageure provocatrice et mensongère! Aucun enfant n'est enthousiaste à l'idée de voir sa maman être amputée du temps qui lui était alloué pour s'occuper d'un inconnu braillard... Les textes anciens fourmillent d'histoires contant la jalousie qui peut miner des relations menant parfois au fratricide (Caïn et Abel, ...).
Longtemps j'ai été perturbée par l'injustice qui me semblait émaner de la parabole du Fils Prodigue. Lorsque je suis devenue moi-même mère, j'ai compris. L'enfant le plus turbulent, celui qui nous pousse à bout, qui fait le plus de bêtises, est celui à qui on accorde le plus d'attention. Or, c'est précisément ce qu'un enfant cherche à obtenir de ses parents, et principalement de celui qu'on appelle " la figure d'attachement"*.
Cette attention, l'enfant est prêt à tout pour l'obtenir. Nos réflexes parentaux de laisser de côté un enfant "obéissant et raisonnable" pour se préoccuper de réprimander, freiner, protéger son frère/sœur difficile ( pour ne pas dire ingérable) créent des blessures qui perdurent à l'âge adulte.

Lors de l'atelier que nous avons suivi avec Isabelle Fillioza, j'ai été frappée par la résonance que cette journée parentale sur les fratries réveillait chez nombre d'entre nous. Une jeune femme expliquait à quel point elle s'était sentie dévalorisée par rapport à son frère aîné qui après en avoir fait voir de toutes les couleurs à ses parents, avait développé une confiance en lui telle qu'elle était l'instrument de sa réussite. La blessure était encore vive et gardait une influence sur leurs rapports d'adultes.

La place dans la famille

La place dans la famille est également cruciale. Isabelle Fillioza explique que chaque position nécessite un traitement spécifique. L'aîné arrive au sein d'un couple pour qui durant un temps il occupe la place de l'enfant "roi", tandis que les suivants débarquent dans ce qui est déjà une famille. Dans une enquête citée par Judith Rich Harris, plus de 87 % des mères et 85% des pères ont admis favoriser le plus jeune de leurs enfants.

"Souvent, le petit admire éperdument le grand. S'il est celui du milieu, il a l'impression de n'être "rien", ni le grand qui a le plus de privilèges, ni le petit qui reçoit plus d'attention." explique Isabelle Fillioza.

Un enfant préféré ?

Il y a aussi la qualité de l'amour que je porte à chacun. Même si c'est politiquement incorrect d'avouer que l'on peut avoir un enfant "préféré", c'est parfois une réalité. Non pas parce que l'on a plus d'amour pour lui, mais parce que les conditions dans lesquelles l'enfant est arrivé ont été plus ou moins favorables et ont influencé la fabrication de l'hormone de l'attachement d'une mère à son enfant. Mais heureusement cela n'est pas irréversible!
Après avoir pris conscience de ce fait, le parent peut restaurer la qualité de l'attachement par des câlins, du temps particulier, des jeux, et surtout le toucher et le regard empathique de l'enfant. Je peux guérir le sentiment d'injustice éprouvé par l'enfant en nommant les pensées qu'il a pu avoir (Maman ne m'aime pas, je suis un monstre, sans intérêt...), en l'écoutant et en remplissant simplement le réservoir d'amour de l'enfant. Je peux reconnaître sa blessure profonde et m'excuser de ne pas avoir pu lui donner cette affection à un moment donné.

" C'est pas marrant d'avoir tout le temps quelqu’un qui prend ta maman quand tu as envie de jouer..."

L’enfant peut alors donner un sens à son ressenti. Si il pense qu’il est le mal aimé, il va agir en conséquence, en étant infernal afin de confirmer cette croyance qu’il a de notre regard sur lui. Il va par exemple demander un câlin justement lorsque l’on n'est pas disponible, pour renforcer sa pensée d’être mal aimé ! Il est important d’enrayer ce processus négatif par cette écoute empathique qui peut lui faire voir les choses sous un autre angle. Dans le cas d'interactions violentes entre enfants, je peux les utiliser comme tentatives de rapprochement: Egon dit que tu es nul, mais c'est peut être par ce qu'il a envie de jouer avec toi?

TPLF vous conseille les livres suivants:
Pour les parents: 
Isabelle Fillioza : Il n'y a pas de parents parfaits (Marabout)
Isabelle Fillioza : Au cœur des émotions de l’enfant (Marabout)
Pour les enfants :
Stéphanie Blake: Bébé Cadum : un bijou d’humour !!

 

* Pour un enfant, sa figure d’attachement, c’est la personne avec qui il partage son quotidien. Avec cette personne, il se sent en sécurité et se permet donc d’être lui-même.
* Isabelle Fillioza est Psychothérapeute, directrice de l’Ecole des Intelligences Relationnelle et Emotionnelle. www.ateliers-filliozat.com
* Judith Rich Harris: pourquoi nos enfants deviennent ce qu'ils sont ( Laffont)

Tags: fratriespsychoisabelle filliozatFamille

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