On fête toutes le Centenaire de Rodin !

Partager cet article 05 avril 2017

A une époque et dans un Paris où le marché de l’art est en pleine expansion : Auguste Rodin (1840-1917) s’impose mondialement sur la scène artistique ; l’anniversaire du centenaire de sa mort nous vaut cette captivante manifestation organisée par le musée Rodin et la Réunion des musées nationaux. Sur deux lieux, au Grand Palais et au Musée Rodin-Paris, de confidences en révélations, l’exposition fait le pont entre l'oeuvre du vivant de l'artiste et les artistes qui l'ont connu et ceux de sa postérité. De nom en nom : Bourdelle, Brancusi, Matisse, Picasso, Baselitz, Kiefer,…) ce qu'ils vont retenir de son esthétique et du métier. 

Tous au Centenaire de Rodin au Grand Palais et au Musée Rodin-Paris

Une nouvelle esthétique naît avec Rodin qui repousse les limites du goût conventionnel d'une époque et augmente le champs des techniques. 

Vous découvrirez dans l'exposition, ses dessins et son travail avec la photographie, en plus des sculptures qui éclairent sa démarche artistique novatrice.

Tôt dans sa carrière qu'il  commence véritablement à 40 ans, Rodin  brise les canons.

 « Le canon est en sculpture ou en peinture une règle qui fixe des critères de représentations de la beauté. On parle de canon esthétique. Suivant les cultures et les époques, il varie. »

 

Le canon esthétique de la beauté selon Rodin 

LE NON FINITO ET L'ACCIDENT 

Le non finito est un terme italien qui se traduit par l’inachevé.

Le non finito ou l’accident se conçoivent dans l’art classique lors des phases préparatoires. Ils sont destinés à disparaître dans l’œuvre finale. Rodin va élever l’état intermédiaire du travail en œuvre d’art à part entière. Parce que Rodin maîtrise la représentation naturaliste, il peut en jouer, ce parti pris esthétique, ne peut donc plus lui être reproché. Il applique cette règle à toutes les matières, terre, plâtre, bronze, marbre,...

Simultanément, l’oeil sur la matière informe s’attarde tandis qu’un sujet figuré surgit de façon  naturaliste . Rodin impose ce contraste visuel, comme un critère nouveau de beauté. A la fin de sa vie, Rodin intègre dans certaines de ses sculptures des proportions de non finito supérieures au motif représenté.

D’où lui vient cette inspiration esthétique ? Sans nul doute, puisée dans la contemplation des sculptures antiques qu’il collectionne, souvent brisées, et, dans son regard passionné pour les Esclaves du Tombeau de Jules II taillés dans le marbre par Michel-Ange conservés au Louvre : deux oeuvres jamais achevées. Le non finito semble exprimer l’idée que la figure préexiste et l’artiste la révèle en la faisant sortir du bloc.

La matière est vue pour elle-même, c’est la norme moderne que l’art de Rodin induit et partage avec les post impressionnsites (Nabis).

Les jeunes sculpteurs - Bourdelle qui sera son tailleur de pierre pendant plus de 13 ans ou Lehmbruck, Gaudier-Brzeska mort trop jeune, mais aussi le roumain Constantin Brancusi - ont tous eu une période rodinienne.

"Après un mois passé dans l’atelier de Rodin, Brancusi estime qu’« il ne pousse rien à l’ombre des grands arbres »

 A un moment il faut quitter  l’atelier du maître Rodin pour trouver son propre style.

LE PLATRE, UNE MATIERE AUSSI BELLE QUE LE MARBRE

Rodin organise à Paris en 1900 en marge de l’Exposition Universelle une exposition de son œuvre où il présente des séries d’œuvres en plâtre - son matériau de prédilection : matière immaculée faite pour cet art de la lumière et de l’espace.

 Rodin travaillant d’après un modèle féminin torse nu, photographie : Duchêne, épreuve gélatinoargentique, H22,8 L16,3 cm, Paris, musée Rodin, Ph.2006, ©musée Rodin - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

D’après modèle, Rodin travaille une épreuve en plâtre. La femme est un sujet et un objet. La figure sort de sa chrysalide sous la main du sculpteur qui se fait photographier intentionnellement.

D’où viennent les plâtres de Rodin?

Rodin est un modeleur qui sculpte en cire et en terre ses figures. Ses modèles sont ensuite moulés. A partir des moules, il fait tirer par ses praticiens des épreuves en plâtre qu’il retravaille comme on peut le voir sur cette image.

Les plâtres qu'il montre en 1900 sont parfois mélangés à des journaux, de la cire, des clous,… qu’importe si la forme exprime, alors elle est belle.

Thomas Houseago artiste  contemporain anglais rend hommage à l’Homme marchant de Rodin en utilisant le plâtre, devenu pour lui un matériau de prédilection.

Thomas Houseago Walking Man (Homme marchant) 1995 plâtre, acier et jute sur socle en bois ; 156 x 166,5 x 65 cm Collection Elsa Cayo © Adagp, Paris 2017 - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

Rodin: Homme qui marche 1899 ? Agrandissement, 1907 bronze ; 213 x 161 x 72 cm Paris, musée d’Orsay, don de quatre amateurs - Maurice Fenaille, Victor de Goloubeff, Johanny Peytel et Léon Grunbaum pour le cinquantenaire de la proclamation du Royaume d’Italie, 1911 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

Houseago  reprend  le mouvement de la marche de Rodin, dans son oeuvre très architecturée , mais inclu, l'image de l’intérieur du corps: un vide, appelé en sculpture l'espace négatif. Il demeure une coque qui figure l’enveloppe charnelle comme traversée par l'espace. Les formes s'enchainent à partir les unes des autres pour évoquer la nature d'un corps en mouvement.

L'ASSEMBLAGE

Les formes moulées pour Rodin en grand nombre d'exemplaires peuvent être des jambes, des pieds, des têtes, des bras… Rodin les nomme: Abattis.

Auguste Rodin, Abattis : têtes et pieds, plâtre, musée Rodin, © agence photographique du musée Rodin, ph. J. Manoukian - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

Auguste Rodin La Cathédrale 1908 pierre ; 64 x 29,5 x 31,8 cm Paris, musée Rodin, donation Rodin, 1916 © Musée Rodin (photo Christian Baraja) - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

Rodin assemble deux épreuves en plâtre à l'origine qui ont été taillées ensuite dans la pierre par un praticien sous sa direction pour former cette composition.

Essayez de refaire le geste juste avec vos mains de la cathédrale et vous comprendrez la technique de Rodin.

Le portrait de Camille Claudel est le fruit d'un assemblage également!

Camille Auguste Rodin Masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre de Wissant vers 1895 plâtre ; 32,1 x 26,5 x 27,7 cm Paris, musée Rodin. Donation Rodin, 1916 © Musée Rodin (photo Christian Baraja) - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

La différence d'échelle entre son petit visage  et la très grande main de l'un des Bourgeois de Calais, Pierre de Wissant qui domine,  imprime à ce portrait une dimension expressive et narrative qui peut évoquer l'élève et le maître (Rodin).

LE STYLE EXPRESSIONNISTE

La monumentalité du Penseur de Rodin vous acceuille dans la première salle au Grand-Palais jouxtée par laChose populaire zéro de Baselitz: cela crée un choc.

Georg Baselitz Volk Ding Zero (Chose populaire zéro) 2009 bronze patiné et peint à l’huile ; 300 x 115 x 126 cm Collection particulière © Georg Baselitz 2017 Photo : Jochen Littkemann, Berlin - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

Si cette œuvre  coulée en bronze ressemble à une oeuvre  en bois peint, l'effet illusionniste ne fait pas oublier les  deux figures de Rodin et Baselitz  côte à côte sublimant, le corps en architecture monumentale.

Dans la dernière salle de l’exposition sont confrontés des artistes qui n’ont pas renoncé à l’art de la statuaire et puisent tous à source de l’esthétique expressionniste de Rodin. Le style expressionniste de la sculpture de Rodin qui a influencé ce choix d'artistes présentés (Giacometti, Beuys, Baselitz, Lupertz, Gormley... ) s'est davantage porté vers l’expressionnisme germanique ( Baselitz, Lupertz, ... ) ou Kiefer au Musée Rodin-Paris.

LA FEMME, ENTRE DEVOTION SACREE ET JOUISSANCE PROFANE

 Auguste Rodin, Danaïde, marbre, 1889, H36 L70 P54 cm, S.1155 ©musée Rodin, ph. H. Lewandowski - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

Les figures de Rodin sont un Ode à l’amour charnel.  Le corps n’a plus d’identité, la femme ne ressemble pas à elle-même, elle ressemble à l’amour. Ces corps d’homme et de femmes qui peuplent la Porte de l’enfer sont agis par l'artiste scénographe. Que ce  corps entier ou en fragment la nomme: Passion. Rodin en a fait une poétique.

QUITTONS LE GRAND PALAIS POUR NOUS RENDRE AU MUSEE RODIN-PARIS...

Invité par le musée Rodin à travailler à partir de l’ouvrage que Rodin consacra aux «Cathédrales de France», Anselm Kiefer découvre l’univers créatif du sculpteur. Comme Rodin, Kiefer est un artiste qui expérimente la matière, associant éléments de provenances différentes.

expo_Kiefer_Rodin_montage© agence photographique du musée Rodin - photo Jérome Manoukian - Centenaire de Rodin - Toutpourlesfemmes

Kiefer visite fin 2013, les réserves du Musée Rodin-Meudon dans le cadre de recherches personnelles. Catherine Chevillot, directrice du Musée Rodin, le croise par hasard. Ils décident ensemble. Véronique Mattiussi co-comissaire de l’exposition avec Catherine Chevillot présente à l’artiste le livre des Cathédrales à Kiefer, qu’elle souhaite voir réédité. De fil en aiguille le projet et la réalité d’une exposition où Kiefer est partie prenante de la mise en scène  se réalise.

 « Dans sa peinture, l’artiste-alchimiste se confronte à la matière qu’il sature de pigments. Les couches sont labourées, les empâtements pétris. Et de ces substances oppressantes aux tonalités terreuses surgissent avec noblesse les « Tours-Cathédrales », noircies, blessées mais triomphantes, promesses d’une renaissance et annonciatrices de la floraison à venir. » Véronique Mattiussi commissaire de l’exposition

A savoirRODIN

Un film de Jacques Doillon nous rappelle la vie du sculpteur qui à Paris, en 1880, reçoit à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera La Porte de L’Enfer. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne et mère de son fils, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève, son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion et de création. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail et réalise son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne. Avec : Vincent Lindon (Auguste Rodin), Izïa Higelin (Camille Claudel), Séverine Caneele (Rose Beuret); un film produit par Les Films du Lendemain et Artemis Productions, en coproduction avec Wild Bunch et France 3 Cinéma sortie dans les salles le 24 mai 2017.

INFOS PRATIQUES
Rodin L’exposition du centenaire
au Grand-Palais du 22 mars au 31 juillet 2017; Kiefer Rodin au Musée Rodin-Paris du 14 mars au 22 octobre 2017. Informations et réservations : grandpalais.fr et rodin100.org #ExpoRodin

 

Tags: RodinSculpteurCamille ClaudelAnniversaireexpoparisMusée RodinGrand-PalaisCatherine Chevillot

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