On fonce voir Magritte au Centre Pompidou

Après Edward Munch, Henri Matisse, et Marcel Duchamp, c’est au tour de cette figure majeure de l’art du XXème siècle d’être sur la sellette. Au Centre Pompidou vient d’ouvrir une exposition dédiée à Magritte (1898-1967). Remarquable.

La passion philosophique selon Magritte !

La définition de l’art ancrée depuis les grecs dit qu’il faut «imiter la nature » et être au service de la beauté. Depuis l’Antiquité, le beau et la vérité s’influencent. Le beau réclame sa dîme à la vérité, nous en éloigne pour revenir à elle quitte à être dans l’illusion. L’idéal classique morcelle le corps en parties, pieds, bras, tête, puis assemble les parties éparses pour rendre l’apparence d’un corps parfait, aux propotions sublimes. Le canon (la règle) de Polyclète, par exemple, réclame que la tête entre 7 fois dans le corps.

Pour un artiste grec la figure humaine n’est qu’une image.

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René Magritte, L’Évidence éternelle, 1948 Huiles sur toile montées sur carton, 198,1 × 61 × 3,5 cm The Metropolitan Museum of Art, The Pierre and Maria Gaetana Matisse Collection, 2002 (2002.456.12a-e) © Adagp, Paris 2016 © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

Des mots et des images

Cette « passion philosophique » chez le peintre qui fait l’objet de l’exposition dont Didier Ottinger est le commissaire nous apprend qu’après la seconde guerre mondiale, Magritte rencontre les philosophes. Il entre en contact épistolaire avec Alphonse de Waelhens, premier traducteur en français d’Être et temps de Martin Heidegger et commentateur de la philosophie de Maurice Merleau Ponty. Au début des années 1960, le peintre engage une correspondance avec Chaïm Perelman, professeur à l’Université Libre de Bruxelles, fondateur de la « Nouvelle Rhétorique ». En 1966, Magritte découvre Les Mots et les choses de Michel Foucault et entame une correspondance avec son auteur. Des échanges de Foucault avec Magritte naîtra Ceci n’est pas une pipe, que le philosophe publiera en 1973.

Ceci n’est pas une pipe/ Ceci n'est pas une pipe? 

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Photo CB. René Magritte, La Trahison des images (Ceci n’est pas une pipe), 1929 Huile sur toile, 60,33 x 81,12 x 2,54 cm Los Angeles County Museum of Art. Purchased with funds provided by the Mr. and Mrs. William Preston Harrison Collection. 

De nationalité Belge, en 1913-1917, Magritte s’inscrit à l’Académie des Beaux-arts de Bruxelles où il suit les cours d’Emile Van Damne-Sylva, Gisbert Combaz et Constant Montald. Il débute professionnellement en faisant des dessins publicitaires et de papiers peints montrés dans l'exposition puis rencontrant l’avant-garde et le surréalisme, se lance dans l’art et subit l’influence française. En 1927 Magritte et sa femme Georgette s’installent en France à Le Perreux-sur-Marne où ils fréquentent régulièrement le groupe surréaliste parisien. Assez vite, à partir de 1927, il réalise ses premiers tableaux de mots, dans lesquels il confronte l’image d’un objet et une définition écrite n’entretenant avec lui aucune relation logique.

 En 1929, Magritte publie un texte important, « Les Mots et les Images », dans le dernier numéro de la Révolution surréaliste.

 Plus tard, son exposition des peintures de mots de Magritte, présentée par la galerie Sidney Janis de New York en 1954, eut un impact considérable sur la jeune génération d’artistes américains. Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Andy Warhol qui s’en souviendront, intégrant ces tableaux à leurs collections personnelles.

Aujourd'hui ses peintures de mots fascinent  encore le visiteur.

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René Magritte, La Trahison des images (Ceci n’est pas une pipe), 1929 Huile sur toile, 60,33 x 81,12 x 2,54 cm Los Angeles County Museum of Art. Purchased with funds provided by the Mr. and Mrs. William Preston Harrison Collection © Adagp, Paris 2016 © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016 

Ce tableau  culte veut faire comprendre le fonctionnement de la pensée. Au premier regard, nous identifions une pipe, devenue mythique.

Pourquoi écrit-il en dessous : « Ceci n’est pas une pipe » ? 

Parce qu’il s’agit d’une représentation avant d’être l’objet cité picturalement et que le peintre ne veut pas que l’on confonde. Il existe deux réalités pour Magritte : un objet et à côté de lui sa représentation. Ce sont deux réalités de natures différentes qui s’inscrivent dans le cerveau, différemment. Entre la pipe et le tableau, dans cet écart, se situe  la pensée.

Magritte peint la pensée appliquant à la logique cette double contrainte qui doit conduire le spectateur vers une prise de conscience.  

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René Magritte, Les Promenades d’Euclide, 1955 Huile sur toile, 162 x 130 cm The Minneapolis Institute of Art, Minneapolis, Minnesota, U.S.A., The William Hood Dunwoody Fund © Adagp, Paris 2016 © Photothèque R. Magritte / BI, Adagp, Paris, 2016

 « L’image de la ressemblance » va de pair avec le regard critique.

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René Magritte, Les Mémoires d’un saint, 1960 Huile sur toile, 80 x 99,7 cm The Menil Collection, Houston © Adagp, Paris 2016

Aux titres éloquents poétiques, philosophiques fait écho un vocabulaire de motifs, qu’il enchaine comme des mots, tel un scribe écrit-dessine en hiéroglyphes. Ombres, flamme, mots, corps morcelé, rideaux, ciel,…. Magritte combine des motifs et formule des ambiances qui ressemblent à des décors de théâtres qui se refusent catégoriquement au trompe l’œil comme à la magie.

Magritte nous invite à découvrir de décor en décor leurs envers et leurs natures.

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René Magritte, La Décalcomanie, 1966 Huile sur toile, 81 × 100 cm Dr Noémi Perelman Mattis et Dr Daniel C. Mattis © Adagp, Paris 2016 © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

 Une exposition qui nous plonge aux cœur des préoccupations de l’artiste passionné d’histoire de l’art  et de philosophie, et nous introduit dans une réflexion sur l'essence de l’image.

 L'artiste demeure... de toile en toile un extraordinaire maître de l'illusion.

A voir.

 Après Magritte...

UNE OEUVRE DE JOSEPH KOSUTH l’un des protagonistes historiques de l’art conceptuel, EN HOMMAGE Á MAGRITTE a réalisé grâce au soutien de la galerie Almine Rech  la cimaise d’entrée de la Galerie 2. Cette œuvre constituée d’un papier peint de près de 30 mètres de long représente un ensemble de signes et lettres en relief. Magritte nous l'avons vu, avec les mots remet en question le statut des images. Joseph Kosuth dans le milieu des années 1960 juxtapose un objet, son image et sa définition, en contribuant à la fondation d’un « Art Conceptuel », One and three chairs (1965), une oeuvre phare,  paie  magistralement son tribu à Magritte.

A savoir : Le catalogue de l’exposition est publié par les Editions du Centre Pompidou, sous la direction de Didier Ottinger, commissaire de l’exposition.

Informations pratiques : Centre Pompidou. Exposition ouverte de 11 h à 21 h tous les jours, sauf le mardi.  21 septembre 2016-23 janvier 2017. Site : centrepompidou.fr. Renseignements : 01 44 78 14 63 #ExpoMagritte

 

Caroline Benzaria

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