RDV à la Fondation Maillol pour 21 rue la Boétie

Picasso, Léger, Braque, Masson, mais aussi Sisley ou Cézanne, le visiteur découvre les choix esthétiques et commerciaux de Paul Rosenberg et réalise davantage le rôle des grands marchands face à l’histoire et à l’Histoire de l’art de la première moitié du XXème siècle. Ils ont forgé notre goût et ouvert nos mentalités. A la rencontre de Paul Rosenberg.

Dans l’écrin de la Fondation Maillol, l’histoire d’une galerie parisienne rayonne

Après un arrêt, la Fondation Maillol vous invite à franchir à nouveau le pas de sa porte, en choisissant cette spectaculaire manifestation itinérante qui a été déjà présentée en Belgique.

Georges Braque (1882- 1963), Fruits sur une nappe, 1924, Huile sur toile, 31,5 x 65,5 cm, Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich. © ADAGP, Paris, 2016 © Fondation Collection E. G. Bührle, Zurich 6 Fondation Maillol - Découvrir la collection de Paul Rosenberg - Toutpourlesfemmes

Le musée Maillol qui ouvrait ses portes le 20 janvier 1995 détient la plus importante collection d’œuvres de Maillol (sculpture, peinture, dessin, terre cuite, tapisserie,…). Le parcours des collections permanentes, à la fois chronologique et thématique, est un enchantement;  à commencer par des sculptures emblématiques grandeur nature de Maillol ou s'arrêter dans le cabinet des petits dessins. Dina Vierny, modèle et collaboratrice du sculpteur rêva de cette institution destinée à l’œuvre de Maillol.

Une fondation à venir voir et revoir régulièrement en même temps que les expositions temporaires qui s’y produisent.

Au croisement de l’histoire et de l’histoire de l’art : le parcours d’un immense marchand Paul Rosenberg 

L’exposition, mêlant histoire de l’art, histoire sociale et politique, retrace la carrière de Paul Rosenberg. On apprend, si on ne le savait pas déjà, qu’il est le grand père d’Anne Sinclair qui dans un livre merveilleux paru chez Grasset en 2012 retraça l’histoire incroyable de sa famille, sur le ton d’une presque confidence.

Du livre à cette exposition, on comprend mieux  l’ampleur du parcours de ce marchand de tableaux.

Exceptionnelle est la carrière de Paul Rosenberg. Il soutient à travers son commerce d’art, l’art moderne qui le portera à ce déplacement de Paris vers les Etats-Unis,  commencé par d’autres marchands français avant lui, citons Durand-Ruel.

Son destin est aussi celui d’un homme touché par l’histoire qui s’abat  durant la seconde guerre mondiale et sa vie en témoigne.

Anne Sinclair dans son livre passionnant : 21 rue la Boétie, rappelle:

 « Le 4 juillet 1940, Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich à Paris, adressa donc à la Gestapo la liste des collectionneurs et marchands juifs les plus connus de la place : Rothschild, Rosenberg, Bernheim-Jeune, Seligmann, Alphonse Kann, etc. C’est dès ce jour-là que l’hôtel du 21 rue La Boétie aura été perquisitionné, avec saisie des œuvres d’art que Paul avait laissées, d’une bibliothèque de plus de mille deux cents ouvrages, de l’équipement de toute une maison (des meubles anciens aux accessoires de cuisine), de plusieurs centaines de plaques photographiques et de toutes les archives professionnelles de la galerie depuis 1906. Figuraient aussi des sculptures, restées à Paris car difficilement transportables – dont un grand Maillol, et les deux statues célèbres de Rodin, Eve et L’Age d’airain, qui ornaient le hall de la rue La Boétie.» Anne Sinclair, 21 rue la Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, p. 266

COMMENT DEVIENT-ON MARCHAND D'ART ?

Il est le fils du marchand Alexandre Rosenberg. Paul et son frère Léonce Rosenberg vont alors, à la suite de leur père, reprendre le flambeau. Léonce Rosenberg, passionné des peintres cubistes, les montre dans sa galerie de "L’Effort Moderne."

Paul Rosenberg fonde la sienne, en 1910, au 21 rue La Boétie à Paris et commence à se lier d’amitié avec Pablo Picasso à cette date.  

 « Imaginez, racontait un grand journal californien dans les années quarante, être capable d’entrer dans le studio de Matisse ou de Picasso deux fois par an, de regarder quarante de leurs meilleures toiles et dire “je les prends toutes” ! Jusqu’à la guerre, c’est ce que faisait Paul Rosenberg. » Anne Sinclair, 21 rue La Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, p. 105.

 

L’histoire et la légende sont réels, certes, mais, le métier prime même s'il  s’invente et se personnalise. Le métier est rigoureux.

Avoir l'oeil. Et si la passion tient une très grande place, il faut aussi savoir miser sur les « valeurs sûres ».

Paul Rosenberg attentif à son public de collectionneurs tranquillise en vendant les maîtres impressionnistes déjà reconnus, car il sait qu’il faut rassurer.

Il forme un réseau de clients fortunés, tant européens qu’américains.

Paul Rosenberg fonde, en 1923 une société commerciale avec Georges Wildenstein.

Il multiple pour assurer la promotion de ses artistes : édition de catalogues, accrochages monographiques, publicité dans les journaux, participations à des salons et organisation d’expositions de bienfaisance...

Il tient conjointement un livre de stock précis.

Chaque toile est répertoriée, indexée et photographiée.

 

Photo CB vu dans l’exposition 6 Fondation Maillol - Découvrir la collection de Paul Rosenberg - Toutpourlesfemmes

Au fil de votre visite, arrêtez-vous un instant. Un film  intitulé 21 rue La Boétie  réalisé par Virginie Linhart  évoque le chemin remarquable parcouru par Paul Rosenberg dans le contexte du marché de l’art de l'époque.

En 1820 : 30 galeries parisiennes existent contre 60 en 1850  et en 1910 quand Paul Rosenberg ouvre la sienne, on en répertorie 130. Elles sont localisées dans le VIII et le XIX arrondissements. Il n’est donc pas le seul sur la place de Paris et la concurrence est là.

 « J’ouvre prochainement de nouvelles galeries d’Art moderne, 21, rue La Boétie, où je compte faire des expositions périodiques des Maîtres du XIXe et des peintres de notre époque. J’estime toutefois que le défaut des expositions actuelles est de montrer isolément l’œuvre d’un artiste. Aussi ai-je l’intention d’organiser chez moi des expositions d’ensemble d’Art décoratif. Bien des personnes, qui ne sont pas assez sûres de leur goût ou du goût des Artistes, pris séparément, verraient leur tâche facilitée en jouissant d’un coup d’œil d’ensemble de l’étroite réunion de tous les Arts dans l’atmosphère d’une habitation privée. » Paul Rosenberg, environ 1914 (archives de la famille)

 

MONTRER PICASSO OUI MAIS... AUSSI LES IMPRESSIONNISTES!

Alfred Sisley, La route de Versailles, 1875, Huile sur toile, 47 x 38 cm, Musée d‘Orsay, Paris. - Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski - Fondation Maillol - Découvrir la collection de Paul Rosenberg - Toutpourlesfemmes

Le visiteur et acheteur potentiel trouve le plus familier et le plus osé chez Paul Rosenberg mais à deux étages différents dans la galerie.

Le marchand avisé respecte les sensibilités. Il éduque, sans forcer. Il propose.

Picasso : les baigneuses Légende : Pablo Picasso (1881-1973), Baigneur et baigneuses (Trois baignants), 1920-1921, Huile sur toile, 54 x 81 cm Collection David Nahmad, Monaco. © Succession Picasso - ADAGP, Paris 2016/ © Photo: Collection David Nahmad, Monaco - Fondation Maillol - Découvrir la collection de Paul Rosenberg - Toutpourlesfemmes

CONFRONTER DEUX VISIONS

Une section consacrée à la confrontation esthétique, historique et culturelle dans l’exposition livre les deux visions du monde en guerreC’est l’une des parties les plus intéressantes de l’exposition. En 1937, la notion d’« art dégénéré » (Entartete Kunst) émerge notamment dans la double exposition de juillet à Munich. A des fins de propagande, « l’art allemand » est opposé à un art dit « dégénéré » tel celui d’un Picasso. Dans les salles de la Fondation Maillol, des œuvres de peintres allemands de tradition germanique dans laquelle les nazis trouvaient leurs marques sont également montrées.

Vue de la galerie à New York - Fondation Maillol - Découvrir la collection de Paul Rosenberg - Toutpourlesfemmes

Le catalogue édité par le Musée Maillol : « 21 Rue la Boétie (d’après le livre d’Anne Sinclair) PICASSO, MATISSE, BRAQUE, LEGER, rassemble un grand nombre de documents inédits (contrats avec ses artistes, fiches indexées, catalogues d’exposition, plaques en verre...) et de photographies passionnantes et vivantes. Il conserve la mémoire de ce marchand d'art éclairé et de regards d'artistes affirmés, tous très différents les uns des autres .

Photo CB vue de l’exposition : Jean Hélion : Nature morte, hareng et pain, 1946 - Fondation Maillol - Découvrir la collection de Paul Rosenberg - Toutpourlesfemmes

ROSENBERG EN QUELQUES DATES

 « Immigré de Slovaquie en 1878, Alexandre Rosenberg, le père de Paul et de Léonce, se lance dans le commerce d’art et d’antiquités à Paris. Paul (1881-1959) et son frère ainé Léonce (1878-1947) commencent leurs carrières au service de leur père dans sa galerie de l’avenue de l’Opéra et en assument ensemble la succession de 1906 à 1910. Léonce deviendra le marchand des peintres cubistes. Sa galerie L’Effort Moderne, au 19 rue de La Baume, fait figure de précurseur et réunit l’avant-garde des artistes de son temps. En 1910, Paul ouvre en son nom propre une galerie au 21, rue La Boétie à Paris. En 1936, fort de ses succès, Paul Rosenberg ouvre une nouvelle succursale à Londres, au 31, Bruton Street, avec son beau-frère Jacques Helft, célèbre antiquaire parisien. En 1941, Paul ouvre une galerie à New-York au 16 East 57th Street. Paul Rosenberg décède en 1959. Déjà associé à la gestion de la galerie, son fils Alexandre en prend les rênes au 20 East 79th Street, New-York où Paul avait déménagé sa galerie en 1953. »

INFOS PRATIQUES
Exposition 21 RUE LA BOETIE du 2 mars au 23 juillet 2017
Musée Maillol 61 rue de Grenelle 75007 Paris
Tél : +33(0) 1 42 22 57 25 /  site: museemaillol.com
Le musée est ouvert tous les jours en période d’exposition temporaire, de 10h30 à 18h30. Nocturne le vendredi jusqu’à 21h30. 

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