La fille de Brest, le film de novembre

L’affaire a fait grand bruit. En 2009, Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, révèle un scandale sanitaire : celui du Médiator. C’est son histoire que relate Emmanuelle Bercot dans La fille de Brest, son cinquième long métrage au cinéma. Avec punch, à l’image de ce médecin interprétée par la danoise Sidse Babette Knudsen (Borgen).

Le scandale du Médiator au cinéma

 En 2007, à Brest, la pneumologue Irène Frachon s’aperçoit que plusieurs de ses patients traités au Médiator, un coupe-faim prescrit depuis 30 ans, développent des valvulopathies cardiaques souvent fatales. Le médicament est suspect, il comporte la même molécule que l’Isoméride, déjà retiré de la vente.

 Sidse Babette Knudsen (Irène Frachon) et Benoît Magimel (Antoine Le Bihan)
dans 
La fille de Brest, le film de novembre - Toutpourlesfemmes

Elle convainc le professeur Antoine Le Bihan de lancer une étude épidémiologique pour le prouver. Les résultats sont sans appel. Irène Frachon part les présenter à l’Afssaps (Agence Française de sécurité sanitaire et des produits de santé) qui la méprise et la renvoie à Brest sans ménagement. Elle s’acharne. Le Médiator est finalement retiré de la vente en novembre 2009.

Entre 500 et 2000 morts

Le combat d’Irène Frachon n’est pourtant pas fini. Devant les conflits d’intérêts qui lient certains médecins, l’agence publique qu’est l’Afssaps et les laboratoires pharmaceutiques, dont Servier qui vend le Médiator, la pneumologue comprend qu’elle doit faire plus pour convaincre le laboratoire de sa responsabilité d’empoisonneur et l’obliger à indemniser les victimes. Elle publie un livre, Médiator 150 mg, combien de morts ? aussitôt attaqué en justice en juin 2010. Mais, son combat est désormais public et bénéficie d’aides variées qui légitiment d’autant plus son action. S’il a pour première conséquence de modifier l’Afssaps en Agence Nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui devait être plus vigilante, il est loin d’être terminé.

 Sidse Babette Knudsen (Irène Frachon) dans 
La fille de Brest, le film de novembre - Toutpourlesfemmes

Entre 500 et 2000 personnes seraient mortes du Médiator. Leurs descendants et toutes celles encore en vie, mais empoisonnées par le médicament, sont toujours dans l’attente d’un procès, constamment repoussé. 

Le film d’Emmanuelle Bercot revient en détail sur toutes les étapes qui ont marqué le combat d’Irène Frachon, une battante hors du commun dont elle a confié le rôle à la danoise Sidse Babette Knudsen (Borgen, L’hermine). 

Un vrai médecin, une lanceuse d’alerte

Le film ne nie ni les aspects médicaux, ni techniques du combat d’Irène Frachon. Mais, il retrace avant tout le parcours bourré d’embûches d’une femme extrêmement énergique qui ne recule devant aucune menace, aucune pression. Une énergie qui se renouvelle avec les vents contraires.

Sidse Babette Knudsen (Irène Frachon) et sa jeune fille dans 
La fille de Brest, le film de novembre - Toutpourlesfemmes

On la suit partout à l’hôpital, auprès de ses patients, dans sa famille – elle a quatre enfants – dans ses démarches auprès de ceux qui la soutiennent. Mais, Irène Frachon est, aussi et avant tout, un médecin impliqué auprès des malades et dont elle compte bien défendre les intérêts et la vie jusqu’au bout. Et cela, à Brest, ville du bout du monde et autre personnage important du film. 

La fille de Brest est le portrait nécessaire et haletant d’une lanceuse d’alerte courageuse, dont la vie s’est transformée en un thriller bourré de rebondissements, et cela pour le bien des autres.

D’Emmanuelle Bercot, avec Sidse Babette Knudsen, Benoît Magimel, Gustave Kervern…  2h08.

Véronique Le Bris

 © 2016 Haut et Court – France 2 Cinéma – Crédit Photos : Jean-Claude Lother

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