Facebook, des clics et des claques - Billet d'humeur

 Facebook, je te like.

 

C'est vrai, quel bonheur de savoir qu’Olivier était à la brasserie Barbès avec deux de ses amis, ça change ma journée. Ou de visualiser la face de pomme ridée de mon amie Maya qui a fait le test : comment serai-je quand je serai vieille (un test que tout le monde se refile comme la rougeole ces jours-ci). C’était plus gai l’an dernier quand les amis FB vous envoyaient un résumé photo et texte de leur passionnante année écoulée.

Facebook, c’est  le déroulé d’une parodie de vie  de mes 462 « amis » qui défile et se résume en cette équation devenue théorie mathématique : moi + moi = moi ou théorie du grand Moi. De l’annonce de la grossesse au premier cri de bébé qui vient de naître –il n’est pas rare même que ce soit la photo de son premier cri d’il y a 25 ans- aux insomnies de sa mère. Sans compter les anniversaires, les vacances, les selfies obtenus de haute lutte, à bout de perche et de crispation de zygomatiques, les  désespérantes photos des enfants et petits-enfants qui n’ont rien fait pour mériter ça. J’oublie les mémoires zoologiques en photos, celles du chat si mignon qui dort avec le perroquet domestique perché sur son dos ou celle du chien qui léchouille amoureusement le petit dernier.

Enfin comment saurais-je que j’ai tant d’amies géniales sans Facebook ? Grâces soient ici rendues à toutes ces mères de génie (au double sens du terme). C’est quand même exceptionnel entre juin et juillet d’apprendre que l’ado que j’ai à peine vu grandir, va passer son Bac, passe son Bac, attend les résultats du Bac et que leur mère n’en dort plus. En tout cas jusqu’à ce que mes copines finissent par devenir enfin bachelières quand leur petit génie –« bravo mon chéri. Fière de toi »  a fini par l’avoir ce fichu Bac. Et si, en plus, une mention est mentionnée, c'est toujours ça que les autres n’auront pas !

 

Sur Facebook c’est « peace and love », bourré de fautes… et dégoulinant de bonnes intentions. La sagesse universelle doit être tout sauf française parce que trouver une de ces profondes pensées écrite sans faute d’orthographe est d’une grande rareté.  Mais quand même… Comment ne pas être ému aux larmes devant ce « lorsqu’un ami traverse une tempête, une présence silencieuse est plus puissante qu’un million de mots vides » sur fond de plage au coucher du soleil ? Ou ce dernier post reçu : « la vie est telle une pièce de théâtre, mais sans répétitions. Alors, chantez, pleurez, dansez, riez, aimez et vivez avant que le rideau ne se ferme et que la pièce ne se termine sans applaudissements ». Merci, oui merci Facebook.

Et puis bon, la souris de l’ordinateur ça sert vraiment sur Facebook. Indispensable au fil des jours pour affirmer ses clics et  dire qu’on est révolté par la guerre, par le voile, par l’indifférence générale, par le cancer du sein, la faim des enfants, ou plein de compassion pour le handicapé à jambe de bois (en tout cas  pour sa photo). Si j’étais mauvaise langue je dirais que ça mérite plus de claques que de clics ces causes perdues qu’on me demande de  soutenir, avec une infaillible bravoure, dans mon fauteuil, à l’aide de ces ridicules incitations : « cliques si tu aimes » ou bien « on verra si tu as le courage de partager ». Courage de quoi ? De trouver que pendant dix secondes je suis quelqu’un d’incroyablement généreux et compassionnel ? Au moment où j’écris me parvient ce post confondant : « si je venais frapper chez toi à minuit, les yeux pleins de larmes, m’aiderais-tu ? » Et toi, banane ? Hein ? Allez repeins ton « mur » et dors !

Je vous laisse découvrir en images et en fautes d’orthographe quasi-systématiques (en  rouge bien-sûr) ces quelques désarmantes naïvetés d’adultes ou ces demandes de partage d’alertes enlèvement de personnes retrouvées depuis trois ans déjà !

 
Ah Facebook ! Que ferais-je sans tes fausses informations diffusées et rediffusées d’autant plus qu’elles sont énormes. Tenez ces jours-ci, combien de fois avez-vous reçu –et peut-être retransmis- cette information délirante : « C'est maintenant officiel ! C'est paru dans les médias. Facebook vient de sortir son prix d'entrée: 5,99€ pour garder l'abonnement gold de votre vie "privée". Si vous collez ce message sur votre page, il sera offert gratuitement (j'ai dit coller pas partager) sinon demain toutes vos publications peuvent devenir publiques. Même les messages qui ont été supprimés ou les photos non autorisées. Après tout, cela ne coûte rien pour un simple copier-coller. ». A quoi un autre « ami » FB a répondu ceci, non sans humour  :

« Facebook va devenir payant à partir de février 2080. Si tu te mets à poil avec une plume dans les fesses et que tu danses sur la table la Macarena en chantant "I'm sexy and I know it", David Guetta déguisé en Schtroumpf sonnera à ta porte pour t'annoncer que Facebook sera gratuit pour toi. Si tu ne transfères pas ce message, un dinosaure à pois verts moustachu avec une crête orange viendra te sodomiser avec du gravier multicolore de chez Castorama...
Dans le doute, je transfère! »

Pardon pour l’aspect olé olé mais, quand même, Facebook, quelle bonne blague.

Par Evelyne DREYFUS

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