RDV au Louvre pour admirer Vermeer

Une exposition itinérante organisée par le musée du Louvre à Paris, la National Gallery of Ireland à Dublin et la National Gallery of Art à Washington nous introduit dans le Siècle d’or hollandais. Vous partirez  au temps où Vermeer et les maîtres de la peinture de genre dépeignent pour une clientèle riche et huppée des scènes luxueuses et intimistes de la vie quotidienne.

Vermeer et les peintres hollandais au Louvre

Les 3 points forts de l’exposition parisienne

1. L’œuvre iconique, La Laitière est prêtée exclusivement à Paris, à cause de sa fragilité.

2. L’exposition rassemble un tiers des 34 tableaux reconnus de la main de Vermeer dont 23 sont signés et 3 sont datés.

3. La comparaison des artistes autour d'un même sujet vous permet de mieux  juger Vermeer !

 « Ce que montre l’exposition, c’est que Vermeer n’est pas toujours l’initiateur de ces scènes de genre, raffinées et élégantes. Il intervient plutôt en fin de chaîne : il est celui qui réagit, transforme par soustraction, par épuration. Et tout ce qu’il enlève, il le remplace par de la lumière et de l’espace, qui sont les vrais sujets de sa peinture. » (Blaise Ducos, Commissaire de l’exposition).

La scène de genre hollandaise connaît son âge d’or vers 1650-1680

Vue dans l’exposition. A gauche : Gabriel Metsu, Jeune femme lisant une lettre, 1664- 1666. Huile sur panneau. 52,5 x 40,2 cm, Dublin, National Gallery of Ireland, Sir Alfred and Lady Beit, 1987 (Beit Collection) A droite : Johannes Vermeer, Femme à la balance, vers 1664. Huile sur toile. 40,3 x 35,6 cm. Washington, National Gallery of Art, Widener Collection

Vermeer comme Gerard Dou, Gerard ter Borch, Gabriel Metsu, Pieter Hooch,… actifs dans les villes des Provinces-Unies (à Leyde, Deventer, Amsterdam ou Delft) décrivent tous de façon réaliste les univers domestiques d’une bourgeoisie marchande prospère. 

La Cuisinière hollandaise / La Laitière : la réponse du berger à la bergère

« Ce qui caractérise Vermeer c’est la lumière, le silence, le dépouillement mais surtout : la psychologie » (Blaise Ducos, Commissaire de l’exposition)

Apprécié de son vivant, Vermeer n’a pas été autant reconnu que Gérard Dou, l’auteur de La Cuisinière hollandaise. Vermeer en était agacé, nous livre sur un ton hâbleur Blaise Ducos.

Gerard Dou, La Cuisinière hollandaise, années 1640, voire début des années 1650. Huile sur panneau. 36 x 27,4 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec

Qui est ce Gerard Dou (1613-1675) ?

Il est un représentant de l’Ecole de Leyde. Il a été assistant de Rembrandt et s’est spécialisé dans les tableaux de petit format. Il possède le talent, le savoir faire des miniaturistes. Pour lui, un tableau doit répondre à la soif du détail. Chaque objet est minutieusement décrit, là l’éventail des carottes, ici une lanterne  imposante en taille. La mise en scène  doit trop au théâtre et la scène à l’italienne et moins à la vraie vie. C’est brillant, certes, mais cela montre trop ses ficelles pour Vermeer qui va répliquer en montrant ce que doit être pour lui une peinture réaliste en peignant La Laitière.

La Laitière, une œuvre iconique : pourquoi, comment?

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Johannes Vermeer, La Laitière, vers 1658-1659. Huile sur toile. 45,5 x 41 cm. Amsterdam, Rijksmuseum © Amsterdam, The Rijksmuseum.

Comme au cinéma, zoom sur la figure féminine. Plan rapproché sur l’actrice muette. Elle ressemble à tous les personnages féminins de Vermeer qu’elle soit dentellière ou musicienne. Elle vient toujours de la même fenêtre cette lumière du jour qui inonde les compositions de Vermeer.

Décodons les ruses de la trame lumineuse qui guide notre lecture de l’image.

Observez cette maille de points microscopiques brillants apposés au pinceau sur le pain, la corbeille, le pichet de grès bleu. Ils font scintiller la vision et rendent aliments et objets du premier plan un peu flous. A l’inverse, sur le mur blanchi à la chaux, les accidents du temps, le clou et son ombre sont d’une netteté surprenante tout comme les carreaux de Delft. Voilà deux manières illusionnistes différentes de montrer la lumière qui  cohabitent dans le tableau. Vermeer rend le lointain plus visible par endroit, le proche plus lointain par moment. Le peintre utilise les couleurs claires pour attirer le premier regard et les aplats colorés pour dramatiser sa vision. Blanc comme la coiffe blanche et le lait. Blanc cassé, le mur nu. La clarté lumineuse de la peau du visage, des bras, des mains accordées dans un geste.

Les 3 couleurs primaires permettent aux formes et aux volumes de se détacher. Jaune comme son bustier, bleu comme son tablier, rouge comme sa jupe.

Puis, l’art du glacis chez Vermeer intervient pour magnifier  des points du regard.

« Le glacis intervient une fois, le tableau peint et vient en touche finale. Il peut faire l’objet d’une ou plusieurs couches de peinture transparente alors superposées dont le but est de provoquer un effet optique de réflexion de la surface et de raviver les couleurs. Le glacis donne un effet de laque, ou porcelainé. »

 

Le scénario à un seul personnage débute alors avec la lumière sur son front qui nous attire. Le front évoque la pensée, puis c’est le visage entier concentré qui s’éclaire. Alors, Vermeer immobilise le mouvement au  moment juste. Le spectateur peut reconstruire mentalement les étapes successives de l'opération en train de se dérouler sous ses yeux.

Il cadre son sujet de près et articule autour du corps du personnage le tableau.

Le tableau achevé ouvre des voies de lecture multiples qui dépassent l'anecdote pour l'élever.

Au-delà de la femme : un type de métier, la laitière.

Au-delà du métier : l’économie laitière florissante du pays.

Au-delà du travail de la servante : l’éloge au travail bien fait.

Au-delà de la femme : l’icône.

Au delà de la laitière: une femme.

Au-delà de l’icône : récemment une publicité pour un yaourt!

A ce propos,  ne peut-on pas se poser cette question à juste titre : Est-ce que les tableaux utilisés aujourd’hui à des fins publicitaires ne les édulcorent pas? 

La Dentellière adorée par Renoir et Dali

 

Johannes Vermeer, La Dentellière, vers 1669-1670. Huile sur toile marouflée sur panneau. 24,5 x 21 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

 

Toujours plus proche du modèle. Plan resserré. Toujours la technique des points lumineux pour guider la lecture du tableau. Renoir voyait ce tableau comme le plus beau du monde et Dali fut hanté par elle. Il en fit un tableau célèbre en 1954.

Vermeer sait donner une réalité historique à l’instant.

D’une image à l’autre, Vermeer fragmente des instants brefs. Pas n’importe quel moment ; Vermeer capte la fraction de seconde. C’est l’instant que des photographes comme Henri Cartier Bresson traquent au XXe siècle, car l’instantané vise le temps de l’émotion, sa fulgurance, voire l’instantanéité de la vie.

Observez encore comment Vermeer conjugue dans ce tableau la valeur imitative, décorative à travers le rendu des matières et des objets mais aussi enseigne la valeur plastique "moderne"  tel qu’en elle-mêmeà travers des fils de peinture rouges et blancs.

L’échange des lettres est un des nouveaux thèmes de la peinture hollandaise du XVIIe siècle

Tant les hommes que les femmes écrivaient des lettres.

 

Johannes Vermeer, La Lettre, vers 1670. Huile sur toile. 72,2 x 59,7 cm. Dublin, National Gallery of Ireland, Sir Alfred et Lady Beit, 1987 (Beit Collection) © Dublin, National Gallery of Ireland

 

Une missive amoureuse ? En boule, froissée au sol, au premier plan, un brouillon, jeté,  « Allez, je recommence, je m’applique…. ». La servante rêvasse, n'en pense pas moins, attend, en regardant par la fenêtre. Lire, écrire, demande le silence, de la concentration et du temps. C’est cette contraction silence-temps-concentration que Vermeer figure au delà du sujet commun à tous les peintres. 

Noter dans le fond, le tableau dans le tableau.

Le monde des hommes des sciences et du commerce enveloppe celui des femmes

 

Johannes Vermeer, L’Astronome, 1668. Huile sur toile. 51,5 x 45,5 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

 

L’astronome scientifique et cosmologiste touche le monde du doigt.

Johannes Vermeer, Le Géographe, 1669. Huile sur toile. 51,6 x 45,4 cm. Francfort, Städelsches Kunstinstitut © Städel Museum - ARTOTHEK

Le commerce et les voyages  préfigurent le Nouveau Monde et tous les échanges planétaires.

La Biographie du surnommé « Le Sphinx de Delft » est très mal connue.

Johannes Vermeer (prénom du grand père maternel) est le fils de Reynier Vos et de Digna Baltens. Le père est surnommé Ver Meer ou Van der Meer. Cela signifie : l’homme de la mer. Son père est commerçant, il tient une auberge et est également marchand d’œuvres d’art. Il est courrant d’avoir deux métiers; marchand de tableaux est un métier en vogue qui se conjugue avec l’essor économique de la Hollande. A la mort de son père, Vermeer reprendra sa « galerie ».

Baptisé Calviniste dans la Nouvelle Eglise de Delft, le 20 avril 1653, il se marie avec Catharina Bolnes. Elle est issue d’une famille aisée de Gouda, ville située entre Delft et Utrecht. Il doit pour l’épouser se convertir au catholicisme. En décembre 1653, il devient membre de la guilde de Saint Luc. Carel Fabritius ancien assistant de Rembrandt ne tarira pas d’éloge sur Vermeer. Le couple connaît une certaine aisance financière venant de sa belle famille durant une période. Ils ont 15 enfants dont 4 meurent en bas âge. Aucun ne semble avoir été représenté dans ses œuvres.

Une guerre économique s’abat sur le pays et ruine le marché de l’art. Vermeer ne reçoit plus de commandes et son activité de marchand de tableaux périclite. Le 15 décembre 1675, endetté, ne pouvant subvenir aux besoins de sa famille, Vermeer meurt brutalement. A 43 ans, il laisse 11 enfants dont 8 mineurs. Leur tutelle est confiée à un ami de la famille, Antoni Van Leeuwenhoek exécuteur testamentaire de ses biens, scientifique de Delft qui posa pour l’Astronome.

A sa mort, Vermeer tombe dans l’oubli. La reconnaissance posthume se fait grâce à Etienne-Joseph-Théophile Thoré dit William Bürger ( 1807-1869) qui dans un texte paru en 1866 dans la Gazette des Beaux-Arts le fait entrer dans le panthéon des grands maîtres de la peinture universelle. Proust proclame le génie de Vermeer.

Vermeer aujourd’hui nous introduit au plus près d’une manière de vivre. Rendant la psychologie du personnage, il transforme un sujet banal à l’époque en  un motif d’éblouissement.

A savoir :
Conférences à l’auditorium du Louvre les jeudis 2, 9, 16 et 30 mars à 18h30 - Comprendre Vermeer, le « sphinx de Delft ». Cycle de quatre conférences. Des “drôleries” aux scènes d’intérieur : naissance et premiers développements de la peinture de genre dans les Pays-Bas, par Sabine van Sprang, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles (2 mars). ‘The Fabric of Society’. Fashion in the Republic 1650-1680 Bianca du Mortier, Rijksmuseum, Amsterdam (9 mars). La Laitière de Johannes Vermeer, par Blaise Ducos, musée du Louvre (16 mars). Les faux Vermeer, par Jonathan Lopez, historien de l’art et écrivain, New York (30 mars).

Ne pas manquer:

Si vous avez le temps, allez voir l’exposition mitoyenne : Valentin de Boulogne (1591-1609) au Louvre; un artiste français établi à Rome qui va donner une interprétation originale du Caravagisme à la mode chez les jeunes peintres de son temps; il aborde comme Vermeer la question du réalisme en peinture et de la scène de genre, avec un autre esprit.

Informations pratiques:
Vermeer et les peintres de genre: 22 février – 22 mai 2017 Hall Napoléon
Valentin de Boulogne: 22 février – 22 mai 2017 Hall Napoléon
Horaires : de 9h à 18h, sauf le mardi. Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 22h. Tarif unique d’entrée au musée : 15 €.
Achat en ligne : ticketlouvre.fr 

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