Jane Fonda : le troisième acte de la vie

Dans le courant de la génération actuelle, 30 ans ont été ajoutés à notre espérance de vie - et ces années ne sont pas qu'un détail ou une pathologie. A TEDxWomen, Jane Fonda demande comment nous pouvons envisager cette nouvelle phase de nos vies. A vous de juger !

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*Vidéo du site www.ted.com (Filmed Dec 2011 • Posted Jan 2012 • TEDxWomen 2011). La conférence TED (Technology, Entertainment and Design) est une importante rencontre annuelle qui se tient à Monterey en Californie depuis 1984, et plus récemment deux fois par an dans d'autres villes du monde, sous l'appellation TED Global.

La conférence TED définit sa mission comme « propagateur d'idées », et met gratuitement à la disposition du public les meilleures conférences sur son site Web. Les exposés couvrent un large éventail de sujets, tel que la science, les arts, la politique, les questions mondiales, l'architecture, la musique et plusieurs autres sphères de compétences. Les intervenants eux-mêmes sont d'une grande variété de disciplines.

Il y a eu de nombreuses révolutions au cours du siècle dernier, mais peut-être aucune n'a été aussi significative que la révolution de la longévité. Nous vivons en moyenne, aujourd'hui, 34 années plus longtemps que nos grands-parents. Pensez-y. C'est une deuxième vie d'adulte complète qui a été ajoutée à notre vie. Et pourtant, pour l'essentiel, notre culture n'a pas accepté ce que cela signifie. Nous vivons encore avec l'ancienne représentation de l'âge sous la forme d'une arche. C'est la métaphore, la vieille métaphore. Vous naissez, vous êtes au sommet à la moitié de votre vie et vous déclinez vers la décrépitude. (Rires) L'âge comme une pathologie.

Mais beaucoup de gens aujourd'hui - philosophes, artistes, médecins, scientifiques - portent un nouveau regard sur ce que j'appelle le troisième acte, les trois dernières décennies de la vie.

Ils réalisent que c'est en fait un stade de développement de la vie avec sa propre signification - aussi différent de la quarantaine que l'adolescence l'est de l'enfance. Et ils se demandent - nous devrions tous nous poser la question -- comment utilisons-nous cette période? Comment pouvons-nous la vivre avec succès? Quelle est la nouvelle métaphore appropriée pour le vieillissement ?

J'ai passé l'année dernière à faire des recherches et écrire sur ce sujet. Et j'ai fini par trouver qu'une métaphore plus appropriée pour le vieillissement est un escalier - l'élévation de l'esprit humain, qui nous amène à la sagesse, la complétude et l'authenticité . L'âge pas du tout en tant que pathologie, l'âge comme un potentiel. Et devinez quoi? Ce potentiel n'est pas pour quelques chanceux. Il se trouve que... la plupart des gens de plus de 50 ans se sentent mieux, sont moins stressés, sont moins hostiles, moins anxieux. Nous avons tendance à voir les points communs plus que les différences. Certaines de ces études disent même que nous sommes plus heureux.

Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais, croyez-moi. Je viens d'une longue lignée de dépressifs. Comme j'approchais de la cinquantaine, quand je me réveillais le matin, mes six premières pensées étaient toutes négatives. Et j'ai eu peur. J'ai pensé, oh mon Dieu. Je vais devenir une vieille dame grincheuse. Mais maintenant que je suis en plein milieu de mon propre troisième acte, je me rends compte que je n'ai jamais été plus heureuse. J'ai un sentiment si fort de bien-être. J'ai découvert que lorsque vous êtes à l'intérieur de la vieillesse, par opposition à la regarder de l'extérieur, la peur disparaît. Vous vous rendez compte que vous êtes toujours vous-même - peut-être même plus. Picasso a dit: 'Il faut beaucoup de temps pour devenir jeune.'

Je ne veux pas romancer le vieillissement. Évidemment, il n'y a aucune garantie qu'il puisse être un moment de jouissance et de croissance. C'est en partie une question de chance.

C'est évidemment en partie génétique. En fait c'est pour un tiers génétique. On ne peut pas y faire grand-chose. Mais cela signifie que les deux tiers de notre réussite dans le troisième acte, dépendent de nous. Nous allons discuter de ce que nous pouvons faire pour faire que ces années supplémentaires soient vraiment réussies et servent à quelque chose.

Permettez-moi de dire quelque chose sur l'escalier, qui peut sembler une métaphore étrange pour les aînés, du fait que beaucoup ont des problèmes avec les escaliers. Moi y compris. Comme vous le savez peut-être, le monde entier fonctionne selon une loi universelle: l'entropie, la deuxième loi de la thermodynamique. L'entropie signifie que tout dans le monde, tout, est dans un état de déclin et de décadence, l'arche. Il n'y a qu'une seule exception à cette loi universelle, c'est l'esprit humain, qui peut continuer à évoluer vers le haut - l'escalier - nous amenant à la plénitude, l'authenticité et la sagesse.

Voici un exemple de mon propos. Cette ascension peut arriver, même face à des défis physiques extrêmes. Il y a trois ans, j'ai lu un article dans le New York Times. Il parlait d'un homme nommé Neil Selinger - 57 ans, avocat à la retraite - qui avait rejoint le groupe d'écrivains à l'Université Sarah Lawrence où il a trouvé sa voie d'écrivain. Deux ans plus tard, il a été diagnostiqué avec une sclérose latérale amyotrophique, communément appelée maladie de Charcot. C'est une maladie terrible. Elle est mortelle. Elle dégrade le corps, mais l'esprit reste intact. Dans cet article, M. Selinger a écrit ce qui suit pour décrire ce qui lui arrivait. Je le cite : «Alors que mes muscles s'affaiblissaient, mon écriture devenait plus forte. Alors que je perdais lentement la parole, je gagnais ma voix. Alors que je diminuais, je grandissais Alors que je perdais tant, je commençais finalement à me trouver.' Neil Selinger, pour moi, est l'incarnation de la montée de l'escalier dans son troisième acte.

Nous sommes tous nés avec l'esprit, nous tous, mais parfois il est amoindri par les défis de la vie, la violence, les mauvais traitements, la négligence. Peut-être que nos parents ont souffert de dépression. Ils n'étaient peut-être pas capables de nous aimer au-delà de la manière dont nous réussissions dans le monde. Peut-être souffrons-nous encore d'une douleur psychique, d'une blessure. Nous sentons peut-être que nombre de nos relations n'ont pas été terminées. Et ainsi nous pouvons nous sentir inachevés. La tâche du troisième acte est peut-être de terminer la tâche de nous finir nous-mêmes.

Pour moi, ça a commencé alors que j'approchais de mon troisième acte, mon 60e anniversaire. Comment étais-je supposée le vivre? Qu'étais-je censée accomplir dans ce dernier acte? J'ai réalisé que, afin de savoir où j'allais, je devais savoir où j'avais été. Je suis alors retournée étudier mes deux premiers actes, en essayant de voir qui j'étais alors, qui j'étais vraiment - pas celle que mes parents ou d'autres m'avaient dit être, ou traitée en tant que telle. Mais qui étais-je? Qui étaient mes parents - pas en tant que parents, mais en tant que personnes? Qui étaient mes grands-parents? Comment ont-ils traité mes parents? Ce genre de choses.

J'ai découvert deux ou trois ans plus tard, que ce processus que j'avais vécu est appelé par les psychologues ' Faire un bilan de vie .' Ils disent que cela peut donner une nouvelle signification, une clarté et du sens à la vie d'une personne. Vous découvrirez peut-être, comme je l'ai fait, que beaucoup de choses que vous pensiez être de votre faute, beaucoup de choses que vous pensiez de vous-même, n'avaient vraiment rien à voir avec vous. Ce n'était pas votre faute, vous êtes très bien. Vous êtes en mesure de revenir et de leur pardonner et de vous pardonner à vous-même. Vous êtes capable de vous libérer de votre passé. Vous pouvez travailler à changer votre relation avec votre passé.

Pendant que j'écrivais à ce sujet, je suis tombée sur le livre 'Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie' par Viktor Frankl. Viktor Frankl était un psychiatre allemand qui avait passé cinq ans dans un camp de concentration nazi. Il a écrit que, tandis qu'il était dans le camp, il pourrait dire, si jamais ils étaient libérés, ceux qui s'en sortiraient bien et ceux qui ne s'en sortiraient pas bien. Il a écrit ceci: ' On peut vous prendre tout ce que vous avez dans la vie sauf une chose, votre liberté de choisir comment vous allez réagir à la situation. C'est ce qui détermine la qualité de la vie que nous avons vécue - pas de savoir si nous avons été riche ou pauvre, célèbre ou inconnu, en bonne santé ou malade. Ce qui détermine notre qualité de vie, c'est notre rapport à ces réalités, le sens que nous leur assignons, l'attitude que nous adoptons à leur égard, l'état d'esprit que nous leur permettons de déclencher. '

Peut-être que l'objectif central du troisième acte est de revenir et d'essayer, le cas échéant, de changer notre relation au passé . Il s'avère que la recherche cognitive montre que lorsque nous sommes capables de le faire, ça se manifeste neurologiquement - des voies neurales sont créées dans le cerveau. Si vous avez, au fil du temps, réagi négativement aux événements et aux connaissances de votre passé, des voies neurales sont fixées par des signaux chimiques et électriques envoyés dans le cerveau. Au fil du temps, ces voies neurales se figent, elles deviennent la norme - même si c'est mauvais pour nous parce qu'elles provoquent du stress et de l'anxiété.

Si, toutefois, nous pouvons revenir en arrière et modifier notre relation, re-visualiser notre relation aux personnes et aux événements passés, les voies neurales peuvent changer.
Si nous pouvons maintenir les sentiments plus positifs à propos du passé, cela devient la nouvelle norme. C'est comme remettre un thermostat à zéro. Il ne s'agit d'avoir des expériences qui nous rendent sages, mais réfléchir sur les expériences que nous avons eues nous rend sage - et nous aide à devenir entier, apporte la sagesse et l'authenticité. Ça nous aide à devenir ce que nous aurions pu être.

Les femmes commencent entières, n'est-ce pas? Nous les filles, nous commençons fougueuses - 'Oui, et alors?' Nous avons la capacité d'agir. Nous sommes les sujets de nos propres vies. Mais très souvent, beaucoup, sinon la plupart d'entre nous, quand nous avons atteint la puberté, nous commençons à nous soucier de nous intégrer et de plaire. Nous devenons les sujets et objets de la vie des autres. Mais maintenant, dans notre troisième acte, il nous est peut-être possible de revenir là où nous avons commencé et le savoir pour la première fois. Si nous pouvons le faire, ce ne sera pas seulement pour nous-mêmes. Les femmes âgées sont démographiquement les plus nombreuses dans le monde. Si nous pouvons revenir en arrière et nous redéfinir et devenir entières, cela créera un changement culturel dans le monde , et donnera un exemple aux jeunes générations afin qu'elles puissent ressaisir leur propre vie dans sa durée.

Par Nicole Salez

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