Ces femmes trop cérébrales - Billet d'humeur

Partager cet article 30 septembre 2015

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Samedi soir alors que nous étions à H24 de la fin de l’été je me suis lancé dans une dernière épopée estivale et nocturne. Axel et Mathieu mes acolytes anonymes m’embarquent direction « Les Jardins de Bagatelle », qui fut il y a quelques années un haut lieu de la fête parisienne où tout semblait possible sous une lune de liberté. J’y faisais des rencontres sans lendemain, des collisions nocturnes qui avaient lieu au carrefour du bar et de la piste de danse, à la croisée des regards. Si cette atmosphère électrique semble avoir cédé le pas à une ambiance plus feutrée, les femmes, elles, y sont toujours aussi belles et célibataires.

Alors que nous étions accoudés au bar, mon attention s'est portée sur une inconnue. Son regard est pareil au regard des statues, étrange et pénétrant. Le temps est suspendu à cette femme aux cheveux noirs, elle est l’épicentre de mon attention. Je suis arrimé à ce regard et à son sourire consenti, comme un marin à son port d’attache. Je vais lui parler, une complicité instantanée s’installe, celle des âmes sœurs qui se rencontrent pour la première fois.

Sarah, joue la séductrice avec l’assurance des femmes qui en manquent. Provocatrice, elle me parle d’amour, de mariage, d’avenir, scrutant mes réactions, mon coeur vacille... Si elle rit de mes maladresses, elle analyse surtout mes faits et gestes, elle ne boit pas mes paroles, elle les goûte comme une œnologue, prête à les cracher au sol si à l’ombre de mes mots se cache le rappel de ses échecs et cicatrices passés.

Le jeu se tend, elle se méfie, me voit comme un « prédateur », nous perdons pied, les traits de Sarah se tirent. Le charme de notre rencontre se broie contre le « brise l’âme » de sa défiance, elle se dérobe, erre dans ses méandres cérébrales et semble chercher un idéal amoureux tel qu’il n’existe plus que dans les vieux romans.

Nos échanges tournent court, le filin se brise. La déferlante de la nuit nous sépare jusqu’à l’aurore ou, sur le parking des anges, je croise Sarah qui rentre chez elle, seule, tête baissée ses escarpins à la main. Un homme l’attend, lui ouvre la porte d’une berline noire…il s’appelle Uber.

En regardant la voiture démarrer je suis traversé par un sentiment de regret, celui d’un rendez-vous manqué. Le parcours amoureux et personnel de certaines femmes est jalonné de blessures qui les marquent au fer blanc à tel point qu’elles voient dans les rapports de séduction, le péril de rouvrir une plaie qui semble encore béante. Ces estropiées peuvent alors avoir un besoin empirique de freiner l’élan de leur cœur candide face aux avances de nouveaux prétendants en prenant le temps d’analyser les errements de ces derniers. Autant de « petits princes » qui pourraient les percevoir uniquement comme des nouvelles planètes à conquérir, et sans doute que d’aucuns n’auraient pas de scrupules à faire saigner un cœur déjà blessé.

Pour s’en protéger, ces femmes hypersensibles leur demanderont de dépeindre les contours de ce qui doit être un avenir radieux, tout en épiant le moindre écart de comportement qui pourrait les conforter dans l’idée que cette cause est vaine et entendue.

Mais en intellectualisant trop ces échanges qui se déclinent par essence à l’imparfait ne prennent-elles pas le risque de passer à côté d’un amour sincère, perpétuant ainsi l’écorchure qu’elles souhaitent pourtant soigner? Quelle chance laissent-elles à la naissance d’un sentiment, si incertain, dans le laboratoire froid d’une étude approfondie? Quelle place y a-t-il pour une aventure amoureuse avec ses aléas si ces femmes trop cérébrales théorisent sur le sujet de leur convoitise et singent une attitude distante, loin de leur réelle personnalité pour se protéger d’un « être » au masculin?

L’homme parfait n’existe t’il pas dans ses imperfections ? Mais elles trouveront sans doute mille excuses à scander en société pour justifier une fin de non recevoir pour finalement se retrouver le soir face au miroir cruel de la solitude. Alors oui je dis M…aux femmes trop cérébrales qui en voulant se prémunir de tout, mais pas de l’essentiel, pourraient laisser filer le cœur d’un promis en se cachant dans une tour d’ivoire où personne ne viendra plus les chercher.

Par DIMITRI

 

 

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