Cop 21 : comment la conférence peut faire avancer le droit des femmes

Les enjeux de la Cop 21, sont clairs : aboutir à un accord universel et contraignant sur le climat, afin de maintenir le réchauffement mondial en deçà de deux degrés.  Mais un groupement d’associations féministes a décidé d’inviter la problématique du droit des femmes dans le débat ; considérant que ce sont elles les premières victimes des changements climatiques.

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Quel lien peut-il y avoir entre le réchauffement climatique et l’égalité homme femme ? A priori, aucun. Pourtant, un groupe français d’associations féministes, intitulé Genre et justice climatique, compte bien prouver le contraire. A l’occasion de la 21
e Conférence des Nations unies sur le changement climatique - Cop 21 - qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre, ces militantes prévoient de participer aux mobilisations citoyennes et contribuer au plaidoyer politique, afin d’obtenir l’inscription d’une approche de genre et des droits des femmes dans l’ensemble du texte final.

 « Dans le monde, 70% des pauvres sont des femmes », souligne Yveline Nicolas, coordinatrice de l’association Adéquations, membre du groupe. « Et ce sont majoritairement les pays pauvres, de l’hémisphère sud, qui sont les plus touchés par les catastrophes climatiques. On peut donc affirmer que les femmes sont les premières victimes de ce dérèglement. » Et ce, à plusieurs niveaux. 

Tout d’abord, parce que leurs vies seraient davantage liées aux ressources naturelles. « Ce sont souvent elles qui s’occupent des tâches quotidiennes telles que le travail de la terre ou la collecte de bois et d’eau. Quand ces ressources diminuent, ce sont  à elles d’augmenter leurs efforts en travaillant plus loin et plus longtemps », estime Yveline Nicolas.
Mais leur position culturelle rentre également en jeu. « Lors des catastrophes naturelles, les femmes sont plus durement touchées en raison de facteurs économiques, sociaux et culturels. Par exemple, elles ont moins accès à l’information car elles ne possèdent pas  les moyens de communication qui peuvent transmettre des alertes et elles ont également moins accès aux transports ; elles sont très dépendantes. Certaines femmes ont même l’interdiction de sortir seules, comme au Bangladesh par exemple, où en 2007, par obéissance culturelle, elles sont restées confinées dans leurs maisons malgré l’arrivée du cyclone.» Elles ont représenté 80% des victimes.

Cependant, la militante rappelle que, même dans les pays riches, les femmes, plus souvent à la tête de familles monoparentales, sont également en première ligne en ce qui concerne la précarité énergétique et les habitats dégradés. « Pourtant ce n’est pas juste, parce qu’il est prouvé que les femmes ont des comportements sociaux plus respectueux de l’environnement. »

Environnement et droits humains inexorablement liés.

C’est pourquoi le groupe Genre et justice climatique veut que l’Accord de Paris intègre cette problématique de façon transversale, tant au niveau des actions que des décisions.

« Pour le moment, les instances climatiques sont très masculines, les négociations dans ce domaine, comme dans les autres, se font entre hommes pour les hommes. La contribution des femmes est pourtant essentielle. »

Une affirmation reconnue lors de la dernière Cop, en 2014, puisqu’un  travail sur le genre y a été initié, considérant les femmes comme des actrices incontournables dans la lutte contre le dérèglement climatique. Mais aujourd’hui,  l’objectif est que cette inscription ne se limite pas aux principes généraux, mais bien qu’elle soit intégrée dans les dispositions concernant la mise en œuvre des politiques environnementales.

« Il faut comprendre que les inégalités sociales se combinent aux effets du déséquilibre écologique. On ne peut pas se contenter de voir le problème sous son aspect technique, il est également social et culturel. Le respect de l’environnement et celui des droits humains sont des questions inexorablement liés. Le succès de l’un fera le succès de l’autre puisque l’écologie est liée à des modes d’organisation sociale. Il s’agit d’assurer un développement humain durable. Plus les femmes seront indépendantes, plus elles pourront faire des choix», conclut Yveline Nicolas.

 Kristen POELS

 

Journée « Féministes pour la justice climatique »
Conférence, débat et ateliers.
Samedi 28 novembre 2015, de 9 h 30 à 18 h.
A l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris, 5 rue Lobau, 75003.

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