La joaillerie est-elle éthique ?

Le film Blood Diamond avec Leonardo Di Caprio réalisé en 2006 a bouleversé les salles en soulevant le terrible problème du marché du diamant, contrôlé par toutes sortes de trafiquants très violents et réduisant les mineurs en esclaves. Le diamant, à l’instar du pétrole, serait-il une malédiction pour les pays qui en possèdent dans leur sous-sol ?

Les différents acteurs du monde de la joaillerie d’amont en aval ont très vite pris conscience qu’il fallait réguler le marché de la plus précieuse des pierres précieuses sous peine de créer un véritable tsunami de protestation et de boycott. Les clients risquaient tout simplement de tourner le dos au diamant, surtout dans un monde de plus en plus sensibilisé à l’éthique et à la protection de l’environnement.

Quelles sont les régulations du marché existantes ?

Le processus de Kimberley établit en 2000 un régime international de certification des diamants bruts qui réunit gouvernements et industriels du diamant. Les diamants sont certifiés d’origine contrôlée, c’est-à-dire qu’ils ne viennent pas de zones de conflit.

Quelques années plus tard, le RJC (Responsible Jewelry Council - 2005) se fixe pour objectif de certifier l’origine « propre » des diamants et d’en suivre tout le cheminement « de la mine à la vitrine ».  Plus encore, le RJC a établi un véritable code de bonnes pratiques qui couvre le droit du travail, les droits de l’homme et le respect de l’environnement. Des contrôles réguliers sont assurés par des ONG indépendantes.  Le RJC compte aujourd’hui plus de 600 membres dans le monde entier.

Les grands groupes miniers qui exploitent le diamant, comme la De Beers, financent des projets caritatifs dans les régions minières tels que des écoles, des hôpitaux, des logements, des programmes liés à l’éducation des enfants ou au développement du travail des femmes, à leur émancipation, etc. De leur côté, les groupes de luxe regroupant la plupart des joailliers connus (Richemont, LVMH, Kering) sont tout aussi actifs. Ils restent cependant discrets sur le sujet, à l’exception de Kering (Boucheron, Qeelin, Dodo, Pomellato) qui, après avoir recruté une ex-directrice de cabinet du Ministère de l’Ecologie, a déclaré il y a quelques mois qu’en 2016, la totalité de l’or et des diamants utilisée dans ses bijoux serait d’origine éthique. A suivre…

Les initiatives de création d’une joaillerie purement éthique sont encore rares. Dans la haute-joaillerie, seul Chopard fait parler de sa collection Green Carpet, développée en coopération avec l'ONG sud-américaine Alliance for Responsible Mining (ARM) et une mine d’or bolivienne gérée par une coopérative. Située dans les Andes à 4 000 mètres d’altitude, la mine emploie 178 personnes. Chopard est le premier joaillier de luxe à  s'être engagé auprès de communautés minières afin de leur permettre d'obtenir la certification Fairmined (c’est-à-dire fabriqué dans le respect de standards sociaux, environnementaux et éthiques).

En 2015, le joaillier a lancé une collection plus accessible baptisée Palme Verte, pour fêter les 60 ans de la Palme d’Or. Soulignons que celle-ci est réalisée chaque année par Chopard en or Fairmined.

D’autres créateurs de joaillerie plus petits, tels que april by MG (ci-dessous en haut) ou JEM (ci-dessous en bas) mettent en avant leurs bijoux fabriqués avec de l’or éthique en provenance d’Amérique latine et des diamants respectant strictement le processus de Kimberley. 

Leurs prix restent raisonnables mais on regrette un choix un peu trop limité. La garantie d’une provenance éthique passe par quelques sacrifices, en particulier la quasi absence de pierres de couleurs car l’extraction plus artisanale que le diamant échappe encore largement aux contrôles.

JEM

En tant que client, comment pouvons-nous jouer un rôle dans ce processus éthique ? Tout d’abord, il faut savoir que la plupart des joailliers et bijoutiers sont en mesure de certifier l’origine de leurs diamants. A nous de leur demander le certificat au moment de l’achat. Il n’est pas conseillé d’acheter un diamant en-dehors des circuits connus. Non seulement il pourrait être faux, mais son origine pourrait être douteuse.

 

Par Isabelle HOSSENLOPP

 
Photo de première page : Poppy Delevingne porte les boucles d'oreilles Palme Verte de Chopard

 

Portrait de Isabelle Hossenlopp

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